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L'appel

JANVIER 2002

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Sommaire

Gros plan: homosexualité: le temps de comprendre.

À voir

Antigone : accoucheuse d'un monde nouveau

Éditorial

Un monde qu'on ne peut ignorer

À la une

René Girard : « c'est de l'envie que naît la violence »

Épiphanie ou fête des rois ?

Querelles pour un clocher

Signes

Intégrer les jeunes handicapés : une utopie ?

La Bible au son du tam-tam

La théologie, de la Faculté au cabaret

Korperwelten : la fascination de l'authentique ?

« En vérité, je vous le dessine… »

Parole

« L'amour de loin »

Gros plan

Homosexuels : d'abord des hommes et des femmes

Un prêtre parmi les gays

Avoir un enfant « gay »

Des homos qui se disent aimés de Dieu

Aimer au féminin

Source

Janvier : la nouvelle est lancée

Rencontre

Eric-Emmanuel Schmitt : « je préfère le mystère à l'absurde

 

 

 AU-DELÀ DES CLICHÉS ET DES PRÉJUGÉS

Homosexuels : d'abord des hommes et des femmes

 Philippe van Meerbeeck est psychiatre. Il enseigne à la Faculté de Médecine de l'UCL et dirige un service clinique pour adolescents en souffrance. Malgré la libération sexuelle et les combats militants gays qui ont contribué à rendre la condition homosexuelle plus acceptable socialement, ce destin reste selon lui difficile à assumer.

&emdash; L'homosexualité désigne un comportement sexuel : le choix par une personne d'un partenaire sexuel de même sexe que le sien. C'est très précis mais c'est aussi un mot « fourre-tout », car derrière ce vocable se cachent des destins tous singuliers et des profils psychologiques très variés. C'est aussi curieusement le seul destin où on se définit par son orientation sexuelle. Personne ne songe à se présenter en disant : « Je m'appelle Untel, et je suis hétérosexuel » ! On ne peut pas identifier ou réduire une personne à sa particularité sexuelle. D'autre part, le même vocable désigne à la fois l'homosexualité masculine et l'homosexualité féminine, qui sont deux réalités très différentes. Enfin, il faut rappeler qu'il y a en chacun de nous une part d'homosexualité que nous vivons à travers l'amitié et la complicité entre personnes du même sexe.

&emdash; Peut-on identifier les « causes » de l'homosexualité ?

&emdash; Beaucoup de clichés circulent à ce propos : le garçon efféminé ou élevé par une mère seule et la fille « garçon manqué » deviendraient homosexuels. Par ailleurs, tous les dix ans, on voit paraître un article sur une origine génétique supposée de l'homosexualité. Tout cela n'est pas sérieux. Il est impossible de désigner une cause précise, psychologique ou autre. Le destin homosexuel est lié à une histoire, une évolution personnelle unique. C'est un long travail sur soi qui permettra d'éclairer la personne homosexuelle sur les causes multiples qui ont contribué à orienter ainsi sa vie.

&emdash; Comment l'adolescent se découvre-t-il homosexuel ?

&emdash; Plusieurs cas de figure coexistent. Tout d'abord, il y a des jeunes, des garçons le plus souvent, qui disent s'être toujours sentis attirés par des personnes du même sexe. Aussi loin qu'ils s'en souviennent, cela s'est imposé à eux. D'autres jeunes se posent la question sur le mode anxieux au moment du travail psychique très important qui se vit à l'adolescence. Tous les jeunes sont confrontés à ces questions : comment s'assumer dans ce corps qui se transforme ? Comment apprendre à s'aimer soi-même ? Comment aller vers l'autre ? Comment vivre des désirs génitalisés, par opposition à l'enfant ? Tous passent par cette interrogation : serais-je ou ne serais-je pas homosexuel ?

&emdash; Tout adolescent vit donc une période d'ambivalence ?

&emdash; Cela fait partie intégrante de sa croissance. Autrefois, les élans amoureux, les « flammes » entre jeunes du même sexe se vivaient assez naturellement comme une phase constitutive du cheminement vers la maturité affective et sexuelle. Cette étape s'est considérablement compliquée avec la mixité permanente imposée aux jeunes. Et, c'est dommage. Aujourd'hui, si on n'est pas en couple à quinze ans, on se sent marginalisé. On constate une augmentation, non seulement, des relations hétérosexuelles précoces mais aussi du nombre de jeunes qui s'affichent très tôt comme homosexuels.

&emdash; Trop tôt, selon vous ?

&emdash; À quinze ou seize ans, on ne peut pas être sûr de son destin. À ces jeunes que je reçois en consultation, je conseille de garder les contacts les plus ouverts possibles avec des copains et des copines, de ne pas fréquenter exclusivement le milieu gay. Pour ces garçons, le risque est en effet grand d'y faire des rencontres désastreuses. Je pense à certains adultes qui abusent de leur supériorité pour séduire et initier un adolescent à l'homosexualité. C'est grave parce que cette rencontre va figer la croissance émotionnelle et sexuelle du jeune et risque de le cristalliser dans un destin qui n'est peut-être pas le sien. D'autre part, si ces jeunes s'affichent trop tôt comme homosexuels, c'est, à mon sens, un effet pervers de la militance gay : il devient de bon ton de se présenter comme homo, fier et heureux de l'être. Les proches, amis et parents vont inévitablement poser sur eux un regard stigmatisant. Or, je le répète, on ne peut identifier une personne à son orientation sexuelle. Ce sont d'abord des hommes et des femmes, un point c'est tout. Le travail psychique de l'adolescence n'est pas terminé à cet âge. Il faut accepter de poursuivre son cheminement.

&emdash; Il y a aussi des révélations plus tardives…

&emdash; C'est un troisième cas de figure : une découverte plus tardive et brutale, une sorte de « refoulé » qui jaillit comme une certitude. Cela se passe souvent, pas exclusivement, dans la rencontre avec une personne d'une autre génération. Cela peut se produire à vingt ans comme à quarante-cinq.

&emdash; Vous dites le vécu homosexuel masculin très différent du vécu féminin. Pourquoi ?

&emdash; Du fait de son sexe, la femme est, d'entrée de jeu, dans un rapport homosexuel avec le premier objet de son désir érotique, c'est-à-dire sa mère. Ceci explique que la question de l'orientation homosexuelle se pose plus tardivement et de manière moins anxieuse pour la jeune fille. Le premier objet du désir érotique de l'homme, c'est aussi sa mère. Le garçon se trouve donc tout naturellement dans un rapport hétérosexuel. Il ne devient homosexuel que dans un second temps. Autant la jeune femme homosexuelle ne doute pas de son identité de femme ; autant le garçon, lui, s'interroge sur son identité masculine. D'autre part, et c'est aussi culturel, on se moque plus de l'homosexualité masculine que féminine. Pensez à l'insulte classique « pédé » très blessante parce que c'est une façon de dire « Tu n'es pas un homme ». C'est donc plus compliqué pour le garçon du fait de la question identitaire et de l'opprobre sociale.

&emdash; On peut construire une relation homosexuelle stable et durable ?

&emdash; Certainement. La question de l'amour est la même pour les couples hétérosexuels et pour les couples homosexuels. Même si le partenaire est du même sexe, il est toujours « autre ». Ce sera néanmoins plus difficile pour le couple homosexuel parce qu'il n'y a pas les étais sociaux qu'offrent le mariage et la parentalité.

&emdash; Précisément, que pensez-vous du projet de loi sur le mariage homosexuel ?

&emdash; Je suis favorable au contrat de vie commune parce que les couples homosexuels ont besoin de cette sécurité et d'une inscription sociétale du lien, mais je suis opposé au mariage. Pour moi, le mariage doit rester une alliance fondée sur la différence sexuelle en vue de la parentalité. Institutionnaliser le mariage homosexuel, c'est nier la valeur symbolique fondatrice de l'humanité qu'est la différence sexuelle.

&emdash; Vous êtes aussi opposé à l'adoption d'enfants par des couples homosexuels ?

&emdash; Absolument. La parentalité doit rester organisée par la différence des sexes. C'est capital pour les enfants. Je peux vous assurer qu'avoir des parents homosexuels complique beaucoup les choses. Et, j'insiste, mes propos ne sont pas inspirés par l'homophobie mais bien par ma pratique quotidienne de psychiatre. Depuis quelques années, nous sommes confrontés à la souffrance d'adolescents très perturbés par la révélation de l'homosexualité d'un, voire de leur deux parents. C'est un vrai « casse-tête » pour le jeune en pleine quête identitaire.

&emdash; Cela signifie-t-il qu'une personne homosexuelle ne puisse pas être un bon père ou une bonne mère ?

&emdash; Évidemment non. Les partenaires d'un couple qui se sépare parce que l'un ou l'autre se découvre une orientation homosexuelle restent parents et il faut apprendre à « composer » avec cette situation. Par contre, je trouve que la revendication d'un « droit à l'enfant » est un trait particulièrement égoïste de ce début de siècle. Et je suis effrayé par la légèreté des médecins qui se prêtent à l'insémination de femmes célibataires ou de couples de lesbiennes. L'enfant n'est pas un dû. Le destin homosexuel reste difficile à assumer ; on ne peut pas l'imposer à un enfant.

Propos recueillis par Anne MERCIER.

IL N'EST PAS LÀ POUR FAIRE LA MORALE

Un prêtre parmi les gays

Jeune prêtre, André est curé de paroisse. Mais il assure aussi une discrète « présence d'Église » dans le milieu gay de sa région. Son regard sur les homosexuels masculins diffère quelque peu de celui du Catéchisme de l'Église catholique…

 

« Il y a quelques mois, je suis allé manger avec un ami dans un restaurant géré par des gays, mais ouvert à tous. En fin de soirée, sans doute intrigué par la croix que je portais au revers de ma veste, le patron m'a interpellé : « Vous êtes prêtre ? Vous savez dans quel milieu vous vous trouvez ? » Je lui ai répondu par l'affirmative. Nous avons ensuite discuté jusqu'aux petites heures. »

C'est ainsi que, de fil en aiguille, André a noué des liens d'amitié dans le milieu homosexuel masculin. Pour éviter toute ambiguïté, il en a parlé à un collaborateur de son évêque, qui le confirme et l'a encouragé dans cette démarche. Mais ce ministère se vit dans la discrétion. « Si cela se savait officiellement, ils hésiteraient à me rendre visite, de peur d'être identifiés comme homosexuels par des tiers. » Ce ministère existe-t-il dans tous les diocèses ? « Je l'ignore. Dans le passé, je sais qu'un prêtre, lui-même homosexuel, avait reçu cette mission d'accueil. Je crois que cela se joue, comme dans mon cas, au hasard des circonstances. Et c'est une bonne chose ! Imaginez que je pousse la porte d'un café gay en annonçant : « Je m'appelle André, et je viens d'être nommé votre aumônier ! » Cela couperait court à tout dialogue ; je ne serais pas reçu. »

Le milieu gay est pluriel. André rencontre ceux qui ont fait leur « coming out », c'est-à-dire qui ont choisi d'assumer leur orientation homosexuelle et dont les proches (parents, amis, milieu professionnel) sont au courant. Mais il y a aussi des hommes qui ne peuvent « s'afficher » sous peine de perdre leur emploi, ou d'autres, mariés et pères de famille. « Quelle que soit leur situation, tous éprouvent un grand besoin de reconnaissance. Même assumée, l'orientation homosexuelle est source de souffrance à cause du malaise, voire de l'exclusion, qu'elle provoque. Ce n'est vraiment pas drôle de se faire traiter de certains noms ! »

À propos de l'homosexualité, le Catéchisme de l'Église catholique déclare : « …Les hommes et les femmes homosexuels n'ont pas choisi leur condition ; elle constitue pour la plupart d'entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste(…) ». Toutefois, l'Église considère que les relations homosexuelles relèvent de la déviance. Aussi estime-t-elle que « les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté(…) ».

De morale, il n'est pas question dans les contacts d'André avec le milieu gay. « Ce n'est pas mon rôle. Je veux être tout simplement présent, dans l'écoute et l'amitié. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas régulièrement interpellé sur la vie de l'Église ainsi que sur ses prises de position, et pas exclusivement sur sa morale sexuelle. La plupart des personnes que je rencontre aspirent à vivre une relation amoureuse stable et durable. Ce n'est pas facile. Leur grande sensibilité et leur besoin de tendresse ne pouvant pas s'exprimer « socialement » (si deux hommes se tiennent par la main, tout le monde se retourne), cela donne parfois lieu à des excès, comme le changement fréquent de compagnon, par exemple. »

Pour André, ce ministère est source de grande joie. « Je suis accueilli très chaleureusement, pas seulement en tant qu'ami mais aussi en tant que prêtre. Pour beaucoup, savoir que l'Église les considère avec sympathie est une heureuse « révélation ». Si l'option préférentielle pour les pauvres et les exclus est une priorité pour l'Église, j'ose y croire, ma présence dans ce milieu en est un signe. »

André compte bien inviter ses amis gays qui le souhaitent à la prochaine fête de la paroisse. Son vœu est, en effet, que les personnes homosexuelles puissent sortir du ghetto et trouver naturellement une place dans l'Église et, pourquoi pas, selon leur charisme, se voir confier telle ou telle tâche pastorale…

Propos recueillis par Anne MERCIER.

DES PARENTS QUI SE POSENT DES QUESTIONS

Avoir un enfant « gay »

Les jeunes homosexuels « sortent plus facilement du placard », comme ils disent. En ce début de XXIe siècle, ils acquièrent plus facilement une vie sociale. Mais les questions de leurs parents restent énormes…

« Lorsqu'il avait 15 ans, notre fils avait un correspondant français. Comme il désirait venir en Belgique pour son anniversaire, il lui avait demandé l'adresse d'un hôtel. J'ai plutôt suggéré qu'il loge à la maison et j'ai souhaité lire la lettre afin de formuler correctement la réponse. Mon fils a refusé. Quelques jours plus tard, il nous annonçait qu'il croyait être homosexuel. » Aucune famille ne pense qu'un jour, elle aura un enfant homosexuel. Et pourtant, cela peut arriver à n'importe qui. « Nous avons essayé de l'aider. Sans arrêt j'y pensais, en faisant les poussières, en épluchant les légumes. Qu'est-ce que nous avions bien pu rater ? Qu'est-ce qui nous avait échappé ? » Il y a vingt-cinq ans, le discours culpabilisait largement les parents. Mère possessive, père absent. Les parents essayaient de trouver des solutions pour changer la donne, notamment en les poussant à se marier. On se disait : « ça va passer »…

Des qualités et de l'amour

En vingt ans, des choses ont changé, mais il est toujours difficile d'accepter cette réalité. Florence Lambert anime un groupe de parents d'enfants homosexuels . « Le message le plus important est de dire aux parents d'un enfant qu'ils trouvaient plein de qualités que celles-ci ne disparaissent pas le jour où il leur annonce son homosexualité. » De leur côté, les associations de jeunes gays conseillent : « N'oubliez pas de dire à vos parents que vous les aimez ».

Cheminer

L'enfant homosexuel a souvent dû faire un énorme chemin tout seul. Dès la maternelle, il se sent isolé et différent : « Et toi, tu n'as pas de fiancé(e) ? ». À l'adolescence, la différence s'accentue. Il est harcelé. La famille est son seul soutien, parfois son seul refuge. Si là aussi il est rejeté, la catastrophe menace.

Les parents, eux, ont besoin de temps. Beaucoup n'ont pas fait de chemin avant de découvrir la réalité. Et ne peuvent l'accepter du jour au lendemain. Dans des réunions, des parents se rencontrent, échangent leurs questions. « Dans le groupe de parole, nous les invitons à regarder positivement leur jeune. » Mais de retour à la maison, toutes les questions ressortent. À moins que ne règne le régime du secret. « On esquive les questions de la famille élargie, des amis, des voisins : « Il ne courtise pas ? Il vit seul ? ». À un moment, il faut rompre le secret, tout en sachant que ce n'est pas notre histoire, mais celle de notre enfant. »

Au féminin

Une maman aidait une jeune fille lesbienne à retrouver des repères dans la vie. Mais lorsque sa propre fille lui a annoncé son homosexualité, elle n'a pas pu l'aider. Lorsqu'il s'agit de son propre enfant, les questions se posent différemment. L'homosexualité féminine est plus effacée. La société accepte, sans trop se poser de questions, que deux femmes vivent ensemble. Certains jeunes filles, qui pressentent leur différence, se marient quand même pour rester dans la norme. « L'homosexualité d'une fille est plus difficile à accepter par les parents, explique Florence Lambert. On se croit parfois vingt ans en arrière, avec les questions telles qu'elles se posaient pour un fils. » « Maintenant je ne veux plus que ma fille rentre dans la salle de bain lorsque j'y suis », raconte une maman.

Essentiellement, c'est la sexualité qui dérange. « Mais qu'est-ce qu'elles ou ils peuvent bien faire ensemble », se demande une maman. « Nous n'avons pas droit de regard sur la sexualité de nos enfants », poursuit Florence Lambert. C'est leur intimité. Mais il faut que leur démarche soit une démarche sincère d'amour. Se respecter et respecter l'autre.

Florence VANDERSTICHELEN

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 POUR ELLES, C'EST ENCORE PLUS DUR

Pour elles, c'est encore plus dur

« Je ne me suis pas réveillée homosexuelle un beau matin… Il y a d'abord eu une attirance sur laquelle je ne mettais pas directement le mot homosexualité. Une certaine honte aussi quand je regardais une femme. » À 21 ans, Catherine raconte sa route, ses questions.

« J'ai pu mettre un mot sur ce que je vivais quand j'ai rencontré une personne qui était homosexuelle. Au fur et à mesure, je me suis dit que c'est ce qui m'arrivait. J'étais aussi sortie avec quelques hommes, mais il y avait comme un vide, quelque chose qui manquait. Même si on met un mot sur ce qu'on vit, on se demande si on va rester tout le temps comme ça. Va-t-on se marier, avoir des enfants ? »

« Le problème est de devoir faire le deuil de sa vie d'hétérosexuelle. La grosse difficulté est aussi vis-à-vis de l'attente des parents, de la société. Décevoir ses parents est plus difficile à accepter que le regard de l'autre. Il faut reconstruire toutes les bases de sa vie, changer ses rêves. Avant, je voulais des enfants, maintenant je ne me pose plus trop la question. Il y a moyen de s'en occuper autrement… »

« Même s'il n'a pas sauté de joie quand je lui ai annoncé, mon père n'en a pas fait trop de problème. Je savais qu'il avait un esprit ouvert, qu'il était capable de l'accepter et de ne pas le prendre sur lui. Pour ma mère, ça a été plus dur. Je lui ai annoncé plus tard. Elle me tolère, elle m'aime comme je suis. Mais elle a mal. Elle ne s'y attendait pas. Elle ne sait pas ce que c'est. Elle culpabilise sans doute davantage. »

« Malgré son ouverture, la société méconnaît encore ce qu'est l'homosexualité. Les stéréotypes sont coriaces, notamment dans les messages publicitaires. On a soit l'image du gars efféminé, soit un peu trop macho. On montrera rarement quelqu'un de normal. Au niveau des femmes, on présentera souvent leur homosexualité comme un fantasme masculin. Une publicité mettant en scène deux femmes sera souvent axée sur un produit pour hommes. Et, dans la séquence, les deux femmes seront vite rejointes par un homme… »

« L'homosexualité masculine a toujours été valorisée. Sans doute parce que, historiquement, les femmes ont toujours été considérées comme ne pouvant pas avoir leur propre sexualité, ou comme étant là pour assouvir celle des hommes. Reconnaître une sexualité en soi pour les femmes est déjà difficilement admis. Ensuite, l'émergence du SIDA a surtout révélé l'homosexualité du côté des hommes, qui étaient plus touchés. Mais cela commence à changer… »

Refusant l'étiquette de militante, Catherine reconnaît qu'il y a plusieurs courants au sein du monde homosexuel. « Je voudrais que le monde soit plus ouvert. La société a peur des homosexuels, elle les juge. Ils se cachent. Mais le fait de se cacher ainsi renforce la méconnaissance du phénomène. Moi, j'accepte de répondre aux questions qu'on me pose. Je considère que, si quelqu'un qui m'interpelle, c'est qu'il cherche à comprendre, à savoir et à ne pas s'arrêter à des préjugés. »

Stephan GRAWEZ