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L'appel

MARS 2002

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Sommaire

Gros plan: à l'occasion du Mundial de foot, regards sur une étrange Asie

À voir

Marie-Claire Bolly monte en scène avec une Passion renouvelée

Éditorial

Fragrances sacrées

À la une

Krishna : une secte trop tranquille ?

Le tango ne balaiera pas les crises

Gilles, pensionné de la rentabilité

Signes

L'Irak, un pays oublié

L'irrésistible victoire des enfants sorciers

Indemnisé, parce que né handicapé

L'école catholique : juste et efficace

Parole

Le semeur de moutons

Gros plan

Japon/Corée du sud : le foot comme paravent

Trois bénédictines au pied de Bouddha

Chrétien chez les Thaïs

La Japonaise était en blanc

Source

Mars : on se heurte à la mort

Rencontre

Éric De Staercke : « les histoires d'amour me font rire »

 

 

MINORITAIRES… MAIS INFLUENTS

Chrétien chez les Thaïs

Dans le sud-est asiatique, les chrétiens sont amplement… minoritaires. Comment dès lors sont-ils perçus ? Témoignage de Dominique Crespin, qui vit avec son mari, leur fille et leur fils adoptif japonais à Bangkok, en entretien entre le père Jo Trébaol, des Missions étrangères de Paris.

Être chrétien en Thaïlande, c'est être doublement étranger et minoritaire (0,8 % de chrétiens, la moitié de catholiques). Cette notion de religion de « l'étranger » est d'autant plus marquée ici que les populations thaïs ne se sont jamais converties. Sauf exception, ce sont les descendants de Chinois et de Vietnamiens émigrés qui représentent ici les chrétiens, comme ailleurs en Asie, à l'exception des Philippines.

La population thaï connaît peu les fondements du christianisme et ne comprend rien à son jargon. À sa décharge, on admettra que trouver des équivalents à « sacrement », « eucharistie »… n'est pas aisé. Les mots pour dire ces symboles ont été inspirés de la langue pali, langue sacrée du bouddhisme, ou de l'équivalent pour l'hindouisme, le sanscrit…

&emdash;Vivre sa foi dans un environnement bouddhiste, est-ce possible ?

&emdash;De tout temps, le Siam a été de tradition tolérante, comme en témoignaient les premiers missionnaires français arrivés au 17e siècle. Une enquête récente parmi les chrétiens thaïs confirme qu'ils n'ont aucun problème à s'affirmer chrétiens dans leur milieu socio-professionnel et amical. Vis-à-vis de la famille, c'est plus difficile.

Si les chrétiens asiatiques vivent en communauté, appartiennent à un groupe, vivent leur foi, ont leurs rites et symboles religieux, il n'y a aucun problème. Par contre, s'ils sont isolés dans un monde bouddhiste, alors leur foi ne résiste pas longtemps. Ils se diluent dans la masse. On observe très bien cela dans les mariages célébrés à l'église, qui sont à 80 % des unions de gens de cultes différents.

&emdash; Les gens changent de religion ?

&emdash; Lorsqu'il y a attraction vers le christianisme, cela ne signifie pas nécessairement changement de religion. Pour une raison très simple : ne pas porter de coup, de choc aux parents bouddhistes. Souvent, on attendra leur décès avant de se faire baptiser. Vu le poids de la religion bouddhiste dans le pays, la pression sociale est immense. Une conversion constitue une véritable rupture, un rejet des traditions des ancêtres.

&emdash; Le christianisme a-t-il évolué en incorporant des traditions locales ?

&emdash; Si la Thaïlande est avant tout un pays bouddhiste, l'animisme est resté profondément ancré dans le cœur des Thaïs et est omniprésent dans leur vie. Ils ont peur des mauvais esprits qui rodent et qui peuvent apporter des malheurs.

Des fêtes thaïs ont été christianisées par les missionnaires. Mais, dès qu'une paroisse repasse aux mains de curés thaïs, l'orthodoxie est immédiatement rétablie. Le clergé local est très strict : cela doit se faire « comme à Rome ». Les corps étrangers au christianisme sont donc immédiatement rejetés… Sauf dans la maison réservée aux esprits, que l'on retrouve sur chaque parcelle de terrain !

&emdash; Le christianime n'a donc pas de poids en Thaïlande ?

&emdash; Même largement minoritaire, son influence dans la société dépasse en fait largement le pourcentage de ses fidèles. Les écoles catholiques sont nombreuses, d'excellente réputation mais généralement considérées comme chères, et donc réservées à une certaine partie de la population. Les hôpitaux, les dispensaires de village, les techniques agricoles, l'utilisation de l'eau sont des domaines dans lesquels les chrétiens ont apporté une contribution unique. Aujourd'hui le développement transfère cette aide de l'Église vers d'autres zones : l'aide aux sidéens, pour lesquels n'existe aucune structure d'accueil. Les centres de désintoxication pour drogués. Ou la scolarisation et l'aide médicale dans les villages de tribus isolées de tout contact extérieur.

Propos recueillis par Marie-Christine LIBON-JAMAR.

 

UNE ÉGLISE EN MARCHE AVEC LA SOCIÉTÉ

La Japonaise était en blanc

Depuis bientôt trente ans, des bouddhistes et des shintoïstes japonais demandent aux prêtres catholiques de bénir leur mariage. En 1975, Rome a marqué son accord. Mais à certaines conditions.

« Les jeunes couples de non-croyants à la recherche d'une cérémonie nuptiale à la façon chrétienne sont de plus en plus nombreux au Japon, écrivait, il y a quelques années, le mensuel Églises d'Asie. Aussi des agences matrimoniales proposent-elles à leurs clients tout ce qui est nécessaire pour réaliser leur rêve, y compris un « prêtre » de race blanche ». Et si l'on en croit l'hebdomadaire Asahi, ces prétendus prêtres sont souvent des répétiteurs étrangers travaillant dans les écoles ou des militaires des bases américaines. Mais l'affaire est très rentable…

Mariages à l'église

Il est vrai qu'au Japon, on est habitué à vivre avec plusieurs religions. Il n'est pas rare que, dans une même maison, à côté de l'autel bouddhiste on trouve un autel shintoïste et, sur une table, à portée de main, une Bible. Quand un enfant naît, ses parents l'emmènent au sanctuaire shintoïste, mais pour les funérailles et les prières des morts, on recourre plutôt au clergé bouddhiste. Et pour le mariage, on se tourne facilement vers les catholiques, qui le mettent davantage en valeur dans leurs cérémonies. Le mouvement n'est pas nouveau. Il a commencé, il y a une trentaine d'années. Et heureusement, les demandes ne sont pas seulement adressées à des agences matrimoniales aux procédés douteux, mais bien aux paroisses elles-mêmes. Au point que, comme le souligne lui-même le « Comité pour l'évangélisation » de la Conférence épiscopale du Japon, « dans un nombre toujours plus élevé de paroisses, la proportion des cérémonies de mariage, où ni l'homme ni la femme ne sont chrétiens, dépasse de beaucoup le nombre de mariages dans lesquels l'une ou les deux parties sont chrétiennes ».

Au début, certes, ce fut un peu l'anarchie. Ici, on acceptait au nom de l'accueil, là, on refusait par crainte de mélange des religions. Et puis, le risque de dérapages financiers était réel.

Rome est d'accord

Puis, le 1er mars 1975 déjà, au grand étonnement des catholiques occidentaux, le Saint-Office accordait à l'Église catholique du Japon l'autorisation « de célébrer des cérémonies de mariage où ni l'homme ni la femme ne sont chrétiens ». Mais à certaines conditions, qui se sont précisées progressivement.

Ainsi, que le couple accepte une préparation appropriée, comprenant plusieurs entretiens. Que l'existence de Dieu lui soit expliquée, que la vision chrétienne du mariage lui soit présentée ainsi que le sens de la bénédiction de Dieu. Et puis, ajoutent-ils, une carte envoyée ensuite à Noël, au Nouvel An ou au jour anniversaire ne peut que faire plaisir.

Louis DUBOIS