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L'APPEL DE MAI 2000

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Sommaire

À voir

2 CD pour que chantent les assemblées

Editorial

On ne peut rien contre le sport

À la une

L'Église prend en charge les abus sexuels

Liège : la fin des petites paroisses

Communiquer pour guérir les Grands Lacs

Signes

Jean Kamp : " le critère de la foi, c'est la bonté "

Les six cents de la rue de Steppes

" Les Niouzz " au-delà des 625 lignes

2000 ans:

Bartolomé de Las Casas, défenseur des Indiens

Gros plan

Sports : l'été sera chaud

Des " Olympics " très " special "

Bruno : la tête et les jambes

Le foot, c'est ça

" Il faut donner le goût des sports "

Paroles

Cher Dieu

Dossier enseignement

Enseignement secondaire : Et après ?

Au-delà de la violence, quelle école ?

Rencontre

Lytta Basset : " le salut, ça se lit sur le visage ! "

On ne peut rien contre le sport…

 

 

Mettre une balle dans un panier, il aime ça. Non qu'on l'y ait jamais poussé : dire que le sport fait partie de la culture de la famille relève plutôt de l'euphémisme. Et les notes que son frère se ramasse en gym à la fin de chaque quadrimestre sont là pour en témoigner. Mais lui, il aime ça. De temps à autre, il quitte la maison, remonte la rue jusqu'au terrain de basket. Et là, avec d'autres enfants comme lui, il se met à rêver en regardant bien haut, bien plus haut que son envergure, vers le filet distendu qui se balance au vent.

Fera-t-il vraiment du basket un jour ? On peut en douter. Chaque fois qu'il a entamé un sport de groupe, il a fini par abandonner : le lieu, les copains, l'entraîneur… il y avait toujours quelque chose qui faisait que ça n'allait pas. Mais chaque fois, aussi, il essayait quelque chose de nouveau…

Le sport attire, fascine. Être fort, tenter l'exploit. Se donner. Se faire vivre quelque chose. Même si, pour certains, l'exploit est de sauter cinquante centimètres.

Avec sa grand-mère, il a ainsi appris à se passionner pour le Tour de France. Le nom des coureurs, le maillot à pois roses, les petits lions que le vainqueur de l'étape reçoit chaque soir sur le podium… ils n'ont plus de secret pour lui. C'est moins dur, bien sûr, que de narguer le filet du bout d'une lourde balle de basket. Mais que c'est beau. Sur la route du Tour, il se passe toujours quelque chose. Inutile de se mettre à lire un roman : l'épopée des coureurs ouvre chaque jour une nouvelle page du livre des records (le livre qu'il préfère). Même les jours où il ne se passe rien. Même quand c'est la piquoûse qui fait la Une, et pas la grandeur du braquet : c'est toujours l'aventure.

Cet été, il va être servi! Euro 2000, Tour de France, Jeux Olympiques. Pour peu qu'il se passionne pour l'ensemble, il ne saura plus où donner du regard. Et ce d'autant qu'en ce qui concerne le foot, en tout cas, tout le monde aura cette fois le nez dessus, et que personne ne pourra échapper à une folie footballistique médiatiquement bien orchestrée.

Certains soirs, pourtant, il y a gros à parier qu'il choisira de délaisser la télé. Dans la remise, il ira chercher sa grosse balle orange, gonflée à bloc grâce à la pompe acquise à grands frais lorsqu'ont pointé les premiers beaux jours. Et en la faisant rebondir sur le sol, il partira en chantonnant vers le terrain de basket. Tant pis pour les médailles, tant pis pour les champions. Pour peu qu'un copain de classe l'attende, là haut sur le terrain, sa fin de journée sera plus belle que tous les matches gagnés ou perdus par les Diables rouges.

On ne peut rien contre le sport. Le vrai. Celui qui s'apparente au jeu, à l'évasion, au loisir. Au plaisir de vivre…

 

Frédéric ANTOINE.

DANS LES SALONS, DANS LES MAILLOTS...

 

Sports : l'été sera chaud…

 

 

Cet été sera sportif. Sur les écrans, dans les stades belges et hollandais, sur les routes de France, à Sydney l'olympique… les professionnels s'adonneront aux compétitions les plus relevées. Pendant ce temps, des cyclos " feront " le Ventoux, des familles partiront en randonnée au rythme de la Transgaumaise, des enfants s'ébattront dans des stages multisports, des surfeurs du ciel tenteront le diable et des volleyeurs de troisième provinciale reprendront l'entraînement. Et dire que tout cela c'est du sport !

 

Si l'on en croit les chiffres d'audience souvent avancés, la Belgique va bientôt vivre le troisième événement sportif mondial. L'EURO 2000 est à la porte et pointe déjà le bout du nez dans les journaux et sur les écrans.

Totalement possédés par l'exaltation du moment, passionnés par la compétition et les résultats du tournoi, poussés par une certaine pression sociale à ne pas rater ce grand événement sportif, un rien distants ou condescendants… ils seront des dizaines de millions devant les petits écrans et des dizaines de milliers dans les stades. Et quand l'EURO tirera le rideau, il y aura le Tour de France et ensuite les Jeux Olympiques de Sydney…

 

MIROIR DE LA SOCIÉTÉ

 

Phénomène de masse d'une rare complexité, le spectacle sportif médiatisé est peut-être un des traits les plus révélateurs de l'époque contemporaine. Car, comme le soulignait le sociologue Norbert Elias, la connaissance du sport peut être une clé de la connaissance de la société. Champ de l'activité sociale travaillé par des structures économiques très lourdes et très puissantes, ainsi que par des contradictions internes, le sport moderne n'est pas un phénomène homogène, monolithique, lisse ou naturellement sain ou pervers. Le sport est à la fois le produit, le miroir des sociétés dans lesquelles il se développe et un agent de production de ces mêmes sociétés.

 

MOBILISATION MÉDIATIQUE

 

La mobilisation médiatique sera énorme, car l'EURO, le Tour et les J.O. sont exemplaires des " grandes fêtes " de la communication de masse. Tout s'arrête ou presque pour ces super rendez-vous du sport. Ils font la une des journaux, mobilisent les rédactions et occupent les plateaux de télévision. Par leur côté exceptionnel et non annuel, l'EURO et les Jeux Olympiques (plus encore si la RTBF est en mesure d'en proposer des images) vont interrompre le cours normal des choses de la vie.

À l'heure où les grands rendez-vous sportifs internationaux se multiplient (rendement et profit obligent !) et se multiplieront probablement jusqu'à saturation, on peut se demander avec Daniel Dayan et Elihu Katz ce que deviendront ces grandes fêtes massmédiatiques lorsque, " diffusées à jet continu, elles auront perdu tout caractère interruptif et lorsque, soumises à des intérêts commerciaux, elles n'entretiendront plus avec les valeurs centrales dont elles se réclament que des relations cosmétiques, lorsqu'elles se seront [complètement] transformées en une sorte de babil planétaire ". (1)

 

PAS TRÈS CRITIQUE

 

Cependant, ces compétitions sportives ne sont pas de purs artefacts, elles ont une existence concrète que des centaines de milliers de spectateurs attesteront par leur simple présence dans les stades ou sur le bord des routes.

D'autre part, on observe aussi aujourd'hui que les grands rendez-vous sportifs de ce type font l'objet d'une mise en spectacle et d'une médiatisation gigantesques. Débordant de loin le cadre temporel strict du déroulement de la compétition elle-même, les manifestations sportives deviennent l'objet d'une mise en récit anticipative, permanente et totale où les différentes dimensions (économiques, techniques, logistiques, sécuritaires, politiques, passionnelles, d'appartenance, promotionnelles, morales…) se trouvent abordées ou évoquées le plus souvent sur un mode relativement peu critique. Il s'agit peut-être davantage de faire monter l'enthousiasme des supporters, qui sont aussi, et peut-être avant tout, de merveilleux clients potentiels, tant des médias que des sponsors de l'événement.

 

UN MONDE FRAGMENTÉ

 

Quand André Agassi rencontre Pete Sampras et quand Michael Schumacher, Nicolas Anelka ou Andreï Tchmil entrent en action, on appelle cela habituellement du sport. Quand le " p'tit dernier " marque son premier panier lors d'un match de la catégorie " poussin " et quand quelques vieux (ou vieilles) camarades tapent toutes les semaines dans une petite balle jaune ou s'en vont courir à travers champs, on appelle cela aussi généralement du sport. Se trouvent ainsi englobées sous le même terme une vaste panoplie d'activités et de représentations qui n'ont pas forcément grand chose en commun. Le monde du sport est fragmenté. Même si toutes ces activités mettent le corps en action et même si elles peuvent renvoyer à des règles communément admises, il n'y a pas nécessairement de rapports étroits entre toutes ces pratiques. Ou alors pas davantage qu'entre une comédie musicale, genre Notre-Dame de Paris, et la chorale dialectale de tel ou tel village. Tout en étant un peu la même chose, c'est totalement différent.

 

DES BRAVES BÉNÉVOLES

 

Sur ce point, une constatation d'ordre économique et sociale doit être faite rapidement. On entend citer, de temps à autre et avec une satisfaction certaine dans le chef des responsables, les estimations budgétaires liées aux grandes organisations sportives. Selon les cas, on parle de millions ou de milliards de recettes provenant des droits TV, de la billetterie, du marketing, des produits dérivés. On entend dire que cela devrait être profitable pour l'économie et l'image du pays concerné. Fort bien. Mais quand on voit que des dizaines de milliers de volontaires triés sur le volet doivent s'activer pratiquement gratuitement, durant plusieurs semaines, on se dit que le plaisir offert à ces bénévoles ne coûte pas très cher puisque leur rétribution est essentiellement d'ordre symbolique : " j'y étais, je participais ". Ainsi, les prochains Jeux Olympiques de Sydney devraient mettre à l'ouvrage 50.000 bénévoles, sûrement heureux d'être là, mais dont la force de travail colossale représentera un chiffre pas très éloigné du zéro dans la colonne des dépenses de cette vaste entreprise sportive.

 

UN LIEU EXCESSIF ET FORMATIF

 

Si la dimension commerciale du sport contemporain est omniprésente, les grands événements spectaculaires ne sont pas sans rapport avec la vie de tous les jours parce que le sport est bien sûr une grosse machine économique, mais représente aussi des millions de pratiquants, affiliés ou non, dans des villages et des quartiers partout dans le monde. Le sport est à la fois un univers impitoyable et, par les pratiques de participation des joueurs, des parents, des bénévoles dans les petits clubs où l'argent ne coule pas à flot, un univers de sociabilité et de joies partagées. Un univers paradoxal et complexe, aussi, où des milliers de jeunes et de moins jeunes se rencontrent chaque semaine grâce à la bonne volonté et au dévouement de quelques autres milliers de personnes. Et où, en même temps, des directeurs de tournoi comme Charlie Pasarell (Indian Wells, tennis, USA) déclare : " Attendez les gars, moi, je vous parle marketing, droits télé, sponsors (…). Nous vivons dans deux mondes différents ". (2)

On ne pourra pas aborder ici les questions du dopage de la violence, des structures institutionnelles… liées au sport hautement médiatisé, commercialisé et compétitif, ni traiter toutes les questions liées aux dimensions éducatives, ludiques, hygiéniques, esthétiques… du sport que l'on fait ou que l'on suit en direct là où il se passe. Si le sport &emdash;dans son sens le plus général et le plus éclaté&endash; connaît des débordements et des excès, il donne accès aussi &endash;contradictoirement et en même temps&endash; au plaisir, à l'espoir et au développement de chacun.

 

Gérard DERÈZE

Observatoire du récit médiatique (UCL)

 

(1)D. Dayan, E. Katz, La télévision cérémonielle, Paris, PUF, 1996, p. 25.

(2) L'Équipe Magazine, 25 mars 2000.

LE SPORT ET LA DIFFÉRENCE PEUVENT FAIRE BON MÉNAGE

Des " Olympics " très " special "

 

 

Nager, patiner, rouler, pratiquer la glisse, le foot, l'équitation… Tels sont les défis que relèvent chaque jour des centaines de personnes handicapées mentales. Elles y trouvent un épanouissement personnel tant physique que psychologique et se préparent à la grande fête du sport : les " Special Olympics ".

 

En Belgique, près de deux cent mille personnes présentent un handicap mental. Du plus léger au plus lourd. Le handicap mental n'est pas une maladie et ne doit pas être confondu avec une maladie mentale. Les personnes handicapées mentales ont une capacité d'apprendre, certes plus lente et plus limitée que la moyenne, mais réelle.

Special Olympics veut promouvoir la pratique d'un sport par ces personnes différentes. Ce mouvement vise l'épanouissement des personnes et propose la possibilité de pratiquer un sport adapté, de suivre un programme d'entraînement et de prendre part à des compétitions. Depuis les années septante en Belgique, Spécial Olympics contribue aussi à sensibiliser l'opinion publique et à favoriser l'intégration des personnes handicapées.

 

UNE GRANDE FÊTE DU SPORT

 

Point d'aboutissement d'une année d'efforts et d'entraînement, des jeux nationaux ont lieu chaque année à l'ascension. On s'affronte dans des disciplines aussi diversifiées que le volley, l'athlétisme, la natation, l'équitation, le badminton, le patinage, le football, etc. L'assiduité des athlètes est récompensée par une médaille aux trois premiers. Mais chaque athlète reçoit également une médaille de participation saluant son courage et sa sportivité.

Plus qu'une compétition, les jeux nationaux constituent aussi un grand rassemblement auquel participent, outre les 2.500 athlètes, leurs familles, les éducateurs, les bénévoles qui les encadrent et le grand public. Danses, chants, théâtre, mimes, démonstrations sportives, exposition d'œuvres artistiques de personnes handicapées et feu d'artifice colorent cette grande fête.

 

LE SPORT POUR LE SPORT

 

Les jeux nationaux constituent le point d'aboutissement d'un entraînement intensif où l'apprentissage est adapté aux capacités des personnes. En volley par exemple, puisque le temps de réponse du handicapé est moins rapide, on utilisera un ballon plus léger et donc plus lent : un ballon de baudruche ou un ballon de plage. Bien sûr, tous les athlètes handicapés mentaux n'ont pas le même niveau. Mais certains sont capables de pratiquer un sport dans des conditions réglementaires très proches de celles des fédérations concernées. Pour d'autres, il est nécessaire d'adapter la réglementation. Mais dans tous ces cas, il s'agit bien de pratiquer un sport, selon les règles propres à ce sport et de s'entraîner régulièrement comme pour chaque sportif digne de ce nom.

 

DES BÉNÉFICES MULTIPLES

 

La pratique du sport constitue un formidable levier de santé pour tous et pour les personnes handicapées en particulier. Ces dernières présentent souvent un retard dans le développement des aptitudes physiques et des activités sportives appropriées peuvent s'avérer nécessaires pour surmonter leurs troubles. Le sport contribue au développement moteur. Mais au-delà de cet aspect, le sport et le mouvement contribuent aussi à la découverte et la connaissance de leur corps. Il permet également de se situer par rapport aux autres et de percevoir sa propre identité, de mesurer ses compétences. Le sport contribue dès lors au développement de l'intelligence, du sens social, de l'intégration. Et lorsqu'au cours des entraînements sportifs, enfants ou adultes handicapés et non handicapés se côtoient, des préjugés tombent et l'image de la personne handicapée s'améliore aux yeux du groupe…

Tout bénéfice pour ces athlètes " spéciaux ". Mais aussi pour tous.

 

Florence VANDERSTICHELEN

 

Cette année, les Special Olympics auront lieu du 28 avril au 1 mai à Bruxelles. Tout renseignement : Avenue des Grands Prix, 186 &endash; 1050 Bruxelles. Tél. 02/779.93.13

CONCILIER LES ÉTUDES ET LA PASSION DU SPORT

Bruno : la tête et les jambes

 

Faire une carrière sportive : bien des jeunes en font le rêve. Certains commencent même à le concrétiser. Mais ils savent que le temps leur est compté et, qu'un jour ou l'autre, il leur faudra jeter le gant. Avoir un diplôme est alors un atout. En attendant, dur, dur, de mener de front cours et entraînement…

 

Devant lui, on se sent rapetisser : il a la taille " normale " d'un basketteur, c'est-à-dire largement au-dessus de la moyenne ! Mais si les murs de sa chambre sont tapissés d'affiches où de mâles champions font étalage de leur puissance au panier, Bruno Dias, lui, garde le sourire un peu timide d'un gamin. Il a vingt ans et appartient, comme on dit, au fameux club des Spirous de Charleroi. En attendant d'y être intégré comme joueur (il est encore trop jeune), il est attaché au club frère semi-professionnel de Mariembourg. Depuis cette année, il est aussi étudiant dans un graduat en marketing à La Louvière.

La loi aide les sportifs

Être sportif, ça prend du temps : " au minimum six heures d'entraînement par semaine, explique Bruno. Mais comme je joue aussi avec deux autres clubs, j'ai parfois deux entraînements par jour. Et un match le samedi ou le dimanche " Cela n'est pas une nouveauté : il a terminé, l'an dernier, des humanités sportives. " Ce n'est quand même pas évident de suivre des cours, poursuit-il, j'en rate pas mal car les entraînements sont obligatoires. De plus, je fais en train les trajets jusqu'à l'école : je dois me lever tôt et c'est assez fatigant. " Si les cours sont obligatoires, eux aussi, depuis quelques mois, une disposition légale permet aux étudiants sportifs de haut niveau d'étaler leur année d'études sur deux ans, voire plus. Ceci afin de leur permettre de combiner les exigences sportives avec celles de l'école. " J'ai choisi cette formule pour faire ma première année, parce qu'elle est difficile, explique Bruno, après, on verra… "

Assurer l'avenir

Réflexion qui ne doit rien à l'insouciance : Bruno Dias est précisément plutôt du genre réaliste et prudent. " Pour l'instant, c'est le basket qui est le plus important pour moi. Mais à 35 ans, la carrière, c'est peut-être terminé. Alors, si j'ai un diplôme de marketing, je pourrais ouvrir un magasin d'articles de sport, ou travailler chez Nike, comme certains le font. Le commerce ça marche : c'est pour ça que j'ai choisi le marketing. " Ce n'est pas une utopie : Bruno connaît des joueurs qui ont mené à la fois une carrière sportive et des études de droit. Des exemples qui l'encouragent. Il en a bien besoin, parfois : pour un basketteur, être assis sur un banc plusieurs heures d'affilée, ça n'a rien de drôle ! " C'est vrai que je trouve parfois les cours assez ennuyeux mais bon, je me dis qu'il faut que je m'y habitue, que ça ira mieux l'an prochain… Et puis je ne suis pas le seul : à l'école, un autre étudiant joue au Sporting, il est dans la même situation. J'espère en tout cas terminer le plus vite possible : je ne me vois pas faire un graduat en six ans ! "

Portés par la camaraderie

Si donc il entend mener des études (à peu près) normales, Bruno ne peut cependant pas tester la vie estudiantine dans toutes ses dimensions, surtout festives : " Les guindailles, ce n'est pas pour moi ! Se lever tôt, les cours, l'entraînement, étudier le soir quand on est fatigué, aller se coucher tôt : voilà l'hygiène de vie d'un sportif. Certains week-ends, parfois, après le match, je prends de l'amusement, mais pas dans le cadre scolaire. " Ces jeunes un peu hors du commun, à l'ascèse stricte, ne vivent pas pour autant en marge de leurs condisciples : " Au contraire, ils sont plutôt sympa avec moi. Quand je reviens au cours, ils me donnent les feuilles qu'ils ont mises de côté pour moi, ils m'expliquent ce qu'ils ont fait. La solidarité joue vraiment ! Et les profs aussi comprennent ma situation, on les a mis au courant. " Mener de front deux investissements, cela demande une autonomie très grande, que Bruno semble assumer sereinement. Son histoire familiale y est sans doute pour quelque chose : portugais, il a vécu en Afrique, où sa mère travaille encore, jusqu'à l'âge de 15 ans, puis est venu poursuivre ses études en Belgique en internat. Son père, lui, voyage aux quatre coins du monde. " Je suis habitué à me prendre en charge, dit-il avec simplicité. Et puis c'est un choix… " Du sport ou des études, difficile de dire quelle est aujourd'hui, pour la vie de Bruno, la meilleure école.

Myriam TONUS

EN MARGE DE L'EURO 2000 DE FOOTBALL

Le foot, c'est ça!

 

D'un côté, l'argent dans les compétitions de haut niveau. De l'autre, les petits clubs qui subsistent grâce au dévouement de quelques personnes. Chaque week-end, ils permettent à une foule de jeunes de pratiquer le football. Entre copains.

 

" Mais ce n'est pas possible ! Qui est-ce qui a bien pu nous envoyer ça ? Où a-t-il vu un hors jeu ? S'il courait un peu plus. Et il siffle tout le temps contre nous. C'est toujours la même chose. On n'est pas gâtés ! " Il n'est pas tendre, Maurice. Chauvin, surtout. C'est qu'il y tient à ses joueurs. Et à son club. Affilié depuis toujours, président depuis trois ans. Homme à tout faire, surtout. Taillable et corvéable à merci. Alors, ça vaut bien quelques débordements. En paroles uniquement.

Des voisins

L'arbitre a sifflé. Dites plutôt le " referee ". Le jeu a repris. Et Maurice s'est calmé. Provisoirement. Les spectateurs n'ont pas réagi, habitués. Ils sont une quarantaine, rangés au bord du terrain de football, la plupart près de la buvette. Sait-on jamais…

On s'interpelle, on se lance des noms d'oiseaux entre supporters. D'autant plus qu'on se connaît. Aujourd'hui l'adversaire vient d'un village voisin. On appelle ça un " derby ". Et il y en a beaucoup dans cette série de division 3 provinciale. Certains joueurs aussi sont interchangeables, d'une année à l'autre. Mais cela ne les empêche pas de défendre résolument les couleurs de leur club du moment.

Nouveau coup de sifflet énergique de l'homme en noir, comme disent les journalistes sportifs. Un joueur se tord de douleur au sol. Le président appelle le ciel à témoin. Jean-Jacques s'élance, avec son seau d'eau et son éponge. Miracle : le joueur se relève aussitôt. Debout le long de la ligne, Claude, l'entraîneur - on dit " coach " - n'a pas bronché. Il sait.

Une famille

C'est qu'on se connaît bien, dans l'équipe. Et on s'estime. On se serre les coudes, quand l'argent ne gâche pas les relations. Il y a une différence de vingt ans entre les joueurs. Des différences sociales aussi, entre les ouvriers, les employés, les universitaires. Et les aînés aident et conseillent les plus jeunes. Une famille, quoi. Mais une famille, il faut la nourrir. D'autant plus qu'il n'y a pas que l'équipe première. Mais tous les jeunes. Ils sont nonante et la plupart sont du village. C'est le royaume de Philippe, l'autre homme à tout faire, qui passe de l'entraînement des jeunes à l'organisation des soupers aux moules. Quand il ne prend pas place dans l'équipe première pour dépanner.

Dévouement

" Pour faire vivre un club, il faut compter sur beaucoup de dévouement, dit le président, calmé. Des parents qui conduisent les jeunes joueurs dans des déplacements souvent longs. Et qui collaborent à des activités qui rapportent un peu d'argent. Heureusement, il y a la buvette… " Heureusement aussi, ici, c'est le pouvoir communal qui a pris à sa charge les installations matérielles. Mais on se prend à rêver d'une Union Belge de Football qui aiderait les petits clubs en prenant un peu d'argent chez les grands. Au lieu de leur réclamer 15 % des bénéfices réalisés sur les entrées aux matches… Quand on sait ce qu'on investit dans l'Euro 2000. Coup de sifflet énergique : fin des hostilités. Et l'on se dirige vers la buvette. Puisque c'est pour la bonne cause. Et c'est là aussi que se conclut la paix des braves. Même avec l'arbitre.

Louis DUBOIS

Légende : Il n'y q pas que l'équipe première, mais nonante jeunes aussi.

ENTRAÎNEUSE PAR GOÛT DU JEU

" Il faut donner le goût des sports "

 

 

Il y a deux façons de faire du sport. La manière divan-TV ou l'exercice sur un terrain.

Dans les centres Adeps, pas question de farniente télévisuel. Comme l'explique Majo Brankart, entraîneuse, on opte ici pour les terrains de jeux, les pistes cendrées, les compétitions d'équipe… la découverte de la diversité des activités physiques.

Ex-entraîneuse de l'équipe nationale de natation, Majo Brankart a côtoyé le sport de haut niveau. C'est elle qui entraînait Yolande Vanderstraeten et Marion Michel lors des J.O. de Moscou.

Aujourd'hui, c'est au Centre sportif de Bois-St-Jean que Mme Brankart, chef d'activités sportives, poursuit sa passion de faire aimer le sport, tous les sports.

 

" La jeunesse actuelle n'est pas assez sollicitée pour pratiquer du sport et des activités physiques. Le manque d'activité est criant chez les jeunes, surtout pour les plus petits. L'école ne développe pas assez cet aspect, et donc certains parents, qui le peuvent, essayent de rattraper le retard. Notamment en inscrivant leurs enfants à nos stages Adeps. "

 

Au Bois-St-Jean, les groupes se succèdent pour des journées sportives scolaires, des activités de clubs sportifs traditionnels ou encore des stages de vacances. " Notre mission, en dehors de l'accueil des clubs sportifs, est de donner le goût des activités physiques. Nous proposons des initiations, des découvertes, ainsi que des activités de psychomotricité pour les plus petits. Au départ, il faut toujours passer par le jeu. Nous travaillons d'abord sur l'habileté, ce n'est qu'ensuite que l'on développera les techniques, les règles ", confie Majo Brankart.

 

Monoculture sportive

 

Loin du sport de haut niveau, ces activités permettent aux jeunes de s'initier, pour ensuite, éventuellement, se spécialiser et chercher les performances. Lorsqu'on lui parle de l'Euro 2000, Majo Brankart regrette que l'on évoque toujours des mêmes sports : " Il suffit d'ouvrir le journal le lundi matin pour s'en rendre compte. Les médias favorisent quelques sports, surtout le football, un peu le basket depuis quelques années. Si l'on parle d'un autre sport : natation, tennis…, ce n'est qu'à l'occasion de l'exploit personnel d'un compatriote… ".

 

L'Euro 2000 suscitera-t-il des vocations ? Et pour d'autres sports que le roi-foot ?

À condition de ne pas prendre de calories devant la TV lors de cette communion médiatico-sportive.

 

Stephan GRAWEZ