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L'appel

MAI 2002

 

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Sommaire

Gros plan: Église catholique : quel avenir ? Sondage

À voir

Voyage au bout de l'exil

Éditorial

Le Titanic ne coulera pas

À la une

Jeunes délinquants : à enfermer ou restructurer ?

Le développement durable doit sortir des classeurs

Le sport, la mort et les gros sous

Signes

Les Bruxellois (se) racontent Bruxelles …

La retraire bat la campagne

Violence à l'école : les jeunes s'en mêlent

Marie la veilleuse

Parole

Les couleurs ivres

Gros plan

Quel avenir pour le peuple de Dieu ?

L'avenir de l'Église : grosse inquiétude générale

Des églises vides ? Les raisons ne manquent pas !

Source

Mai :on fait la fête

Rencontre

Ivone Gebara : « On a besoin de plusieurs lunettes pour voir le monde »

 Le Titanic ne coulera pas

Le bateau coule et tout le monde s'en f… ? Pas les catholiques, semble-t-il. On les dit amorphes, voire abattus. On prédit leur disparition. On montre du doigt leur hiérarchie… Eh bien, malgré les découragements, malgré une impression de « fin de siècle » qui souffle sur certaines églises en ce début d'un nouveau siècle, il n'en est rien. Les catholiques ne sont pas très optimistes sur l'avenir de leur Église, c'est vrai. Mais ils ne sont pas à bout de souffle, ils ne laissent pas tomber les bras. Mieux : ils osent encore réagir, faire des propositions, dénoncer si nécessaire.

C'est en tout cas ce que révèlent les enquêtes que nous avons lancées à la fin de l'année dernière et dont nous révélons les résultats dans ce numéro. Qu'il s'agisse des personnes qui ont répondu au questionnaire publié dans notre numéro de décembre ou d'un échantillon de chrétiens « de la base » sélectionnés de manière aléatoire afin de représenter « le peuple de Dieu » qui est en Wallonie, les avis sont à peu près unanimes : si le bateau coule, tout le monde s'en préoccupe. Et, en définitive, il y a bien des chances que l'esquif n'en vienne jamais à s'enfoncer dans les flots. Car, même quand ça va mal, les catholiques y croient encore. Et un certain nombre sont même prêts à relever les manches pour écoper, à deux mains s'il le faut. Mais pas à n'importe quelle condition…

Évidemment, les matelots sont moins nombreux qu'hier. Et ceux qui sont prêts à se mettre à l'ouvrage ne sont peut-être plus de première jeunesse. Mais ils ont bien d'autres qualités. Dont celle de la lucidité. Notamment celle d'avoir compris que, si les églises se vident, c'est sans doute la faute à la société. Mais aussi &emdash;sinon surtout- parce que le message évangélique ne passe aujourd'hui plus la rampe, empesé par des siècles de broderies et de brocards, de dorures et d'effets de style. Ce n'est pas à L'appel qu'il faut le dire : nous savons, plus que quiconque, que ce n'est pas en passant une couche de vernis de modernité sur un discours inchangé que l'on fait franchir la vitesse du son au message chrétien. Nous croyions cependant que nous n'étions pas nombreux à avoir ce type d'analyse, à une époque où l'Église investit formellement tous les moyens de communication modernes en espérant ainsi divulguer plus aisément sa pensée. Avec bien d'autres choses, l'enquête que nous avons menée vient de nous montrer que de nombreux chrétiens « de la base » éprouvaient la même impression.

Avec nos modestes moyens, qui ne concurrenceront jamais les grandes machines à communiquer, les résultats de notre enquête nous renforcent dans notre idée : celle que, même à sa petite échelle, L'appel fait sans doute œuvre médiatique utile dans le monde d'aujourd'hui.

Frédéric ANTOINE

 RÉSULTATS DE NOTRE SONDAGE

Quel avenir pour le peuple de Dieu ?

Des chrétiens plutôt inquiets pour le futur de l'institution « Église », critiques face aux prises de positions éthiques officielles, réclamant davantage de démocratie mais prêts à soutenir l'Église… sans trop s'y engager. Voilà, en grandes lignes, les opinions issues des sondages menés par L'appel et des questionnaires reçus à la rédaction du journal. Une radiographie qu'il faut nuancer et disséquer, mais qui ne manque ni d'interpellations ni de réalisme, ni de courage.

Reste à savoir si les avis ainsi recueillis pourront (ou sauront) être pris en considération…

Deux vagues de sondage par téléphone. Deux mois de réception de questionnaires écrits. Un mois d'encodage, suivi d'un premier traitement : la masse d'informations récoltée lors des enquêtes menées par L'appel est immense. Et révélatrice d'un état d'esprit qui va bien au-delà des luttes de clan ou des opinions de chapelle. Non. Les chrétiens de Wallonie ne sont pas résignés ou béatement enthousiastes. Ils dressent des constats interpellants.

Les tendances de la chrétienté en Wallonie

Les opinions au sein de l'Église de Belgique francophone sont-elles divisées entre « conservateurs » et « progressistes » ? Les points de vue sont-ils tranchés ? Une vue pessimiste de l'avenir de l'Église est-elle l'apanage d'une petite partie de l'opinion, tandis que le reste afficherait une lecture plus optimiste ? En un mot, les « oiseaux de mauvais augure » qui s'interrogent sur la manière dont l'Église aborde le troisième millénaire ne sont-ils que quelques personnes isolées ?

Tel n'est pas ce que révèlent les différentes enquêtes réalisées (1) par L'appel. Dans la majorité des cas, les opinions exprimées dans les sous-populations interrogées se recoupent largement. Qu'il s'agisse de personnes qui se sont abonnées à titre individuel à L'appel, et qui peuvent donc se sentir à la fois concernées et informées sur les questions abordées dans l'enquête. Que ce soient des habitants des paroisses où L'appel est distribué soit en toutes-boîtes, soit à des listes de paroissiens, dont certains ne lisent toutefois (presque) pas le magazine et sont donc à la fois moins informés et moins conscientisés par ces questions. Ou que ce soient des personnes habitant l'une ou l'autre ville wallonne de grande importante, se déclarant croyantes et/ou baptisées, mais n'ayant aucune connaissance de L'appel.

Les différences d'avis recueillis lors de ce sondage au sein de ces trois groupes de population étant minimes, et les tendances exprimées allant généralement dans le même sens, les opinions recueillies nous paraissent bien refléter l'état d'esprit moyen du monde chrétien de Wallonie.

Quatre mondes

Comme le laissait entendre la présentation des différentes sous-populations, les enquêtes menées par L'appel, ainsi que les réponses recueillies au questionnaire publié dans notre numéro de décembre, mettent au jour quatre composantes différentes du monde chrétien. Dans les résultats présentés ci-après, nous avons souvent veillé à donner d'abord les avis de l'ensemble des personnes sondées. Toutes, elles se présentent comme croyantes et/ou baptisées, et cela constitue leur univers de référence commun. Cependant, nous avons fréquemment veillé à différencier ensuite les résultats selon les sous-mondes auxquelles elles appartiennent.

• Les personnes qui se sont abonnées personnellement à L'appel représentent souvent les milieux les plus actifs dans le monde chrétien de Wallonie. Leur démarche est volontaire. Elle va souvent de pair avec une pratique religieuse assez intensive (80,5 % assistent à la messe tous les dimanches), un enracinement catholique important et une vie chrétienne familiale intense.

• Les personnes interrogées par téléphone dans les paroisses où L'appel est largement distribué relèvent d'un univers plus large. Celles qui ont été interrogées ont été sélectionnées sur base de leur lieu d'habitation, et pour autant qu'elles se déclarent croyantes ou baptisées, sans qu'il soit tenu compte de leur engagement religieux ou de leur lecture du magazine. Un certain nombre des sondés de ce groupe sont davantage des chrétiens « du porche » que du chœur. 5 % des couples interrogés n'ont pas fait baptiser leurs enfants et les enfants de 10 % des familles sondées n'ont pas fait leur profession de foi. Seuls 33 % des personnes de ce groupe déclarent assister à la messe chaque dimanche (26 % « de temps en temps », 20 % « lors des grandes fêtes » et 13 % « jamais »). Cette population ressemble à la moyenne « supérieure » du monde qui se déclare chrétien en Wallonie.

• Les personnes interrogées par téléphone suite à un tirage aléatoire, dans un échantillon de grandes villes wallonnes, ont été retenues lorsqu'elles se déclaraient soit croyantes soit baptisées. Sans aucun jugement à leur égard, on peut définir cette population comme celle des « chrétiens moyens » de Wallonie, dont une large part se trouve davantage sur le parvis que dans le proche des églises. Si quelques-uns des couples concernés seulement ne se sont pas mariés à l'Église, 10 % n'ont pas fait baptiser leurs enfants et, dans 20 % des cas, leurs enfants n'ont pas fait leur profession de foi. Une partie de ce groupe est cependant encore composée de chrétiens actifs, 22 % de ces personnes déclarant assister à la messe tous les dimanches (38 % « de temps en temps », 16 % « lors des grandes fêtes » et 11 % « jamais ». 13 % ne se prononcent pas sur cette question).

• Face à ces trois grands sous-groupes de personnes sondées, il a semblé important de mettre en regard l'avis de près de mille personnes qui ont tenu à répondre personnellement par écrit au questionnaire que nous avions publié dans notre numéro de décembre dernier. Ces personnes-là constituent une quatrième population, différente des précédentes. D'abord parce qu'elles ne peuvent revendiquer une représentation statistique. Mais surtout parce que leurs avis sont souvent plus tranchés, plus marqués, que ceux de la moyenne des chrétiens interrogés lors du sondage. Il paraît clair que les personnes qui ont fait l'effort de remplir le questionnaire et de le renvoyer voulaient exprimer une opinion, avoir un mot à dire, et étaient fortement motivées pour le faire. Ce sont aussi des chrétiens plutôt engagés, pratiquants réguliers à 82 %, soit bien davantage que la moyenne et même que les abonnés de L'appel à titre individuels. Si 1,5 % d'entre eux disent n'avoir pas fait leur profession de foi, c'est aussi le cas des enfants de 2,5 % des familles qui ont rempli le questionnaire, les enfants de 4 % d'entre elles n'ayant pas non plus fait leur profession de foi.

 

Deux moyens de recueillir des résultats. Et donc, deux enquêtes.

Pour les lecteurs de L'appel, l'enquête à laquelle il est fait référence ici rappellera sans doute le questionnaire publié au centre du numéro de décembre 2001. Tous ceux qui se sentaient interpellés par ses thèmes étaient invités à y répondre. En moins de deux mois, près de 900 questionnaires complétés ont été reçus à la rédaction, et ont été dépouillés par une équipe du département de communication de l'UCL. Les réponses à ce formulaire fournissent les résultats appelés ici « questionnaire lecteurs ». Ils reflètent avec intérêt les opinions des personnes qui ont fait l'effort de renvoyer leurs points de vue. Ce dont nous les remercions.

À côté de cette démarche volontaire, il semblait utile d'interroger les chrétiens de manière directe et plus « scientifique », que ceux-ci soient engagés ou non, afin de recueillir l'avis général du « peuple de Dieu ». À cette fin, un sondage par échantillonnages a donc été réalisé, sur base de questions assez proches de celle du questionnaire paru dans L'appel. Des « chrétiens de la base » ont été interrogés, par téléphone, également avec l'aide d'une équipe du département de communication de l'UCL. Dans cette phase du travail, ont été sondés à la fois des lecteurs de L'appel, mais aussi des non-lecteurs se déclarant croyants et/ou baptisés. Au total, près de 230 personnes adultes habitant essentiellement la Wallonie ont été longuement interviewées par téléphone, entre le 15 novembre et le 15 décembre 2001. Une deuxième vague d'interviews a eu lieu en février 2002. Les uns ont été sélectionnés après tirage aléatoire soit sur les listes des abonnés de L'appel, d'autres ont été choisis dans les localités où L'appel est largement diffusé, d'autres encore ont été retenus parmi la population des grands centres urbains wallons. Les résultats issus de ce travail d'interviews est présenté ici sous le nom de « sondage ». Ils se présentent comme une photographie assez fidèle de l'opinion de « la moyenne » du peuple chrétien de Wallonie aujourd'hui.

Dans la lecture des tableaux, on constatera que les chiffres atteignent rarement 100 %. Pour arriver à ce montant, il faut chaque fois ajouter les proportions de « sans avis », « ne se prononcent pas » et « sans réponse ».

Pour faciliter la lecture, les résultats ont aussi été arrondis à 0,5 ou à l'unité. Une nuance qui n'a pas beaucoup d'importance lorsqu'on cherche à faire émerger des tendances générales et que l'on dépend, de toutes manière, d'une inévitable marge d'erreur statistique.

(1) Pour explications des points de méthode : voir encadré

L'avenir de l'Église : grosse inquiétude générale

Pas rose, le futur du christianisme, selon les personnes interrogées. Mais pas totalement noir. Il y a encore de l'espoir. Toutefois, pour les jeunes, le fonctionnement de l'Église et la pratique religieuse, le stade des clignotants semble déjà dépassé…

Quand on les interroge sur l'avenir du christianisme, moins de la moitié des sondés (47,5 %) se disent inquiets. Mais ils ne sont que 31 % à être plutôt optimistes. Sans être catastrophique, la situation semble donc au moins préoccupante. Même si une grande différence apparaît entre les sous-populations. Souvent davantage près de la vie active des paroisses, plus pratiquants, les lecteurs de l'Appel sont près de 40 % à être optimistes pour l'avenir du christianisme. Les non-lecteurs, moins proches de la vie des paroisses, sont par contre beaucoup moins positifs : seuls 16 % d'entre eux se disent optimistes.

L'implication des chrétiens dans la société est, elle aussi, envisagée de manière moins noire. Mais cet élément doit être considéré avec prudence, car de nombreux sondés semblent s'être difficilement situés face à cette question qui recueille 36,5 % d'opinions inquiètes pour 32,5 % de personnes ne se prononçant pas et 31 % de réponses optimistes.

Sur trois enjeux précis, par contre, les opinions ne sont plus pessimistes. Plus de 60 % des chrétiens interrogés lors du sondage expriment des craintes face à l'évolution du rapport entre les jeunes et la foi (63 %), au fonctionnement de l'Église (61,5 %) et à la pratique religieuse (60 %). Des chiffres qui, sans friser les 100 % d'opinions négatives, doivent profondément poser question, d'autant qu'ils se manifestent de manière quasiment équivalente chez les lecteurs de l'Appel et auprès des non-lecteurs.

Pour ces trois thèmes, les proportions d'optimistes sont particulièrement faibles : moins de 20 % des personnes interrogées voient de manière positive l'évolution de la pratique religieuse et des rapports entre jeunes et foi. Quant au fonctionnement de l'Église, moins de 15 % des personnes interrogées se disent confiantes à son sujet. Là aussi, avis des « lecteurs » et des « non-lecteurs » se recoupent, sauf pour la pratique religieuse, où les lecteurs de l'Appel interrogés dans le sondage se montrent quelque peu plus optimistes (23 %). Sans doute parce qu'ils incarnent eux-mêmes, davantage que les non-lecteurs, une subsistance de cette pratique.

Des lecteurs plus marqués

À côté de la réponse « statistique » du sondage, les lecteurs qui ont volontairement envoyé leur avis suite à la publication du questionnaire dans le numéro de décembre présentent un profil plus volontaire, démontrant qu'ils entendent être engagés dans la vie de l'Église.

En ce qui concerne l'implication des chrétien dans la vie de la société, leur réponse est sans commune mesure avec celle du sondage : souvent engagés eux-mêmes, les chrétiens qui ont répondu au questionnaire sont optimistes à 60 %, soit deux fois plus que la moyenne du sondage. Et ils sont à peine moins nombreux (52 %) à voir également de manière positive l'avenir du christianisme en général. Le même optimisme (relatif) touche les rapports entre les jeunes et la foi, que les personnes ayant répondu au questionnaire voient avec optimisme à 28,5 %, soit près de 10 % de plus que dans le sondage. Par contre, ils sont aussi sévères que la moyenne des chrétiens interrogés à propos du fonctionnement de l'Église, et beaucoup plus au sujet de la pratique religieuse.

Ouvrir la morale et décoincer l'éthique

On pouvait s'en douter : le discours officiel de l'Église concernant des problèmes d'éthique ou de morale personnelle n'est, majoritairement, pas soutenu par le peuple chrétien sondé lors de l'enquête. Vieux dossier, le discours officiel concernant la contraception n'est pas accepté (« pas d'accord », ou « plutôt pas d'accord ») par plus de 80 % des chrétiens interrogés. Les autres sujets délicats que sont l'euthanasie, l'interruption de grossesse et la procréation assistée recueillent plus de 50 % de rejet de la part des personnes interrogées. Mais des minorités importantes (de 25 à 30 %)soutiennent toutefois les points de vue officiels de l'Église sur ces questions. Il y a là, à tout le moins, sujet à débat.

Les chrétiens « non-lecteurs de l'Appel » se montrent plus critiques que la moyenne : 67 % ne partagent pas le discours officiel à propos de l'IVG et 68 % au sujet de l'euthanasie.

En règle générale, pas un chrétien sur trois parmi ceux qui ont été interrogés ne partage le discours officiel sur ces questions éthiques. Chez les « lecteurs de l'Appel », l'attitude doctrinale de l'Église recueille 36 % d'accord ou de « plutôt d'accord » pour l'avortement, et 34 % pour l'euthanasie. Chez les « non-lecteurs », par contre, c'est le point de vue concernant la fécondation in vitro qui réunit le plus d'avis positifs (32 % d'accord ou de « plutôt d'accord »). La position de l'Église à propos de l'avortement n'est « plus ou moins » soutenue que par près de 25 % des non-lecteurs interrogés.

Cette différence témoigne à nouveau de la différence de proximité entre « lecteurs » et « non-lecteurs » par rapport au vécu quotidien de la foi et de la pratique.

Curieusement, on ne retrouve pas le même clivage auprès des personnes ayant répondu à l'enquête publiée dans l'Appel de décembre. Si le point de vue officiel concernant la contraception y est également contesté, ce n'est « que » à 71 %. Le discours de l'Église sur l'IVG et la procréation assistée n'est critiqué « que » par 47,5 % et 45 % des répondants. Enfin, le discours de l'Institution à propos de l'euthanasie est, cette fois, soutenu par 51,5 % des personnes ayant répondu (il n'est contesté que par 38 %).

Ouvrir le fonctionnement de l'Église

Quelles que soient les personnes interrogées, le diagnostic sur le fonctionnement de l'Église est à peu près semblable. Plus de 80 % des sondés s'accordent pour reconnaître que les prêtres catholiques devraient pouvoir se marier et que des hommes mariés devraient pouvoir en devenir prêtres. L'ordination des femmes recueille l'assentiment complet ou partiel (d'accord ou « plutôt d'accord ») de près de 70 % des gens. Ceux-ci sont presque aussi nombreux à souhaiter que des paroisses puissent être dirigées par des laïcs et à estimer qu'une limite d'âge devrait être imposée à la fonction papale. La même limite pour la fonction de prêtre de paroisse est, par contre, largement rejetée (57 % d'opinions opposées).

Ils sont un peu moins de la majorité à estimer que les responsables de l'Église devraient être élus, notamment par les laïcs. Corollaire de ce qui précède, 66,5 % des personnes sondées considèrent qu'il n'y a pas assez de démocratie dans l'Église et 56,5 % croient que les laïcs ne sont pas suffisamment associés à la prise de décision.

Est-ce à dire que l'Esprit œuvre (ou n'œuvre pas) dans l'Église ? La question divise davantage : 43 % partagent plutôt qu'il œuvre. 30 % ne le pensent pas. Il y a donc près de 30 % de personnes qui n'ont pas d'avis sur la question.

Les « non-lecteurs » de l'Appel, suivant moins la vie paroissiale et les questions d'Église au jour le jour, sont légèrement plus critiques sur cette question : 36,5 % d'entre eux, contre 33 % d'abstentions, croient que l'Esprit n'agit pas dans l'Église. Ils estiment aussi moins que la moyenne utile d'imposer une limite d'âge aux fonctions de prêtre, sont moins favorables à voir des laïcs diriger des paroisses et sont plus partagés sur la présence ou l'absence de démocratie dans l'Église (56 % croient qu'il n'y a pas de démocratie, contre 66,5 % pour l'ensemble des personnes interrogées).

A contrario, les lecteurs de l'Appel affichent souvent une attitude un peu plus critique, réclamant davantage de démocratie ou de partage des responsabilités.

Engagés… ma non tropo

Les chrétiens qui ont répondu au questionnaire de l'Appel partagent souvent l'opinion des lecteurs interrogés dans le cadre du sondage, mais avec des positions plus affirmées. Ainsi, davantage encore que les personnes sondées, ils croient que l'esprit est à l'œuvre dans l'Église. Ils sont aussi plus nombreux à estimer de manière significative (plus de 5 % d'écart) que les responsables d'Église devraient être élus et que les laïcs ne sont pas assez associés aux prises de décision. Mais, alors que 8,5 % à peine des personnes interrogées parmi les lecteurs de l'Appel estimaient qu'il y avait assez de démocratie dans l'Église, les personnes qui ont répondu au questionnaire sont, elles, 14,5 % à partager peu ou prou cette opinion. Ces mêmes personnes sont aussi une majorité relative (48,5 % contre 41,5 %) à estimer qu'il faudrait imposer une limite d'âge aux fonctions de prêtre.

Cet état des lieux établi, les chrétiens seraient-ils prêts à s'engager davantage ? Pas vraiment. Près de 60 % des personnes interrogées ne sont pas d'accord de participer plus activement aux instances de décision ecclésiales. Ce pourcentage est encore plus élevé chez les « non-lecteurs », plus distants de la vie des paroisses et de l'Église, où il atteint 72,5 % de « Non ». Chez les lecteurs, 48 % des sondés ont la même position.

Plus positivement, 41,5 % des chrétiens plutôt actifs seraient prêts à s'engager davantage, et 33 % de l'ensemble des chrétiens interrogés.

Oui Non

• Personnellement, seriez-vous prêt à participer plus activement aux instances de décision ecclésiales ? 33 % 57,5 %

Les personnes qui ont répondu au questionnaire paru dans l'Appel sont à 58 % prêtes à s'engager davantage dans les instances ecclésiales. Ce chiffre est équivalent à celui révélé par du sondage chez les abonnés individuels de L'appel.

Soutenir l'Église : plutôt « oui »

Dans plusieurs pays, les prêtres et le culte ne sont pas financés directement par l'État. Parfois, il faut que les fidèles leur apportent directement leurs deniers. Ailleurs, il faut préciser si on souhaite que le fruit de ses impôts soit affecté au financement d'un culte. Si l'on en croit les chrétiens de Wallonie qui ont été sondés, une petite majorité d'entre eux serait prête à consacrer une partie de leurs revenus à cette fin, si l'État ne subvenait plus aux besoins du culte.

Oui Non

Prêts à consacrer une partie de ses revenus au financement du culte 51,5 % 39 %

Ce sont surtout les chrétiens plus distants de la vie des paroisses et de la pratique qui affichent une réticence à financer le culte (59,5 % de « Non »). Les lecteurs de l'Appel, par contre, y seraient prêts à 63 %. Et ce pourcentage est encore plus élevé chez les personnes ayant répondu au questionnaire publié dans la revue, où il atteint 73 %.

Ces chiffres sont confirmés par les réponses à la question « Si vous pouviez vous-même décider où irait une partie de vos impôts, choisiriez-vous de financer l'Église catholique, un autre culte ou une œuvre sociale ou caritative ». Dans ces conditions, 56 % des sondés seraient prêts à désigner l'Église catholique, et seulement 16,5 % un autre culte. Mais ils sont 83 % à vouloir que leurs impôts aident une œuvre sociale ou caritative.

Choisir de financer… Oui Non

L'Église catholique 56 % 32,5 %

Un autre culte 16,5 % 75 %

Une œuvre sociale ou caritative 83 % 10 %

Les personnes ayant répondu au questionnaire publié dans l'Appel sont encore plus engagées en faveur de l'Église, mais sont moins enclines à soutenir le secteur social : 68,5 % d'entre elles sont prêtes à choisir d'attribuer à l'Église une partie de leurs impôts contre 6 % à un autre culte et 59 % « seulement » à une œuvre sociale ou caritative.

Les convictions engagent, mais faut pas trop le dire !

Les convictions ne concernent pas que l'individu. Qu'elles soient religieuses ou non, elles interagissent avec la vie sociale. 67,5 % des personnes interrogées sont persuadées que leurs convictions influencent leur manière de vivre en société. Mais elles ne sont que 35 % à faire un lien entre ces convictions et les opinions politiques. L'appartenance à une famille politique en fonction de ses croyances semble largement révolue. Chez les lecteurs de l'Appel, généralement plus « engagés », 49,5 % des personnes interrogées estiment toutefois qu'un lien existe entre convictions et opinions politiques. Ce pourcentage atteint même 60,5 % chez les abonnés individuels du magazine. Ceux-ci estiment aussi à 92 % que leurs convictions influencent leur manière de vivre en société. Des chiffres assez proches de ceux recueillis dans les questionnaires renvoyés par les lecteurs : 90 % des personnes qui se sont exprimées en remplissant le formulaire publié dans l'Appel estiment que leurs convictions interagissent avec leur manière de vivre et 62,5 % font un lien entre convictions et opinions politiques.

Ces convictions, près de 90 % des personnes interrogées affirment que leur entourage (collègues de travail, amis, voisins…) en est au courant. Des chiffres qui varient d'à peine quelque pour-cent à la hausse ou à la baisse selon que l'on figure parmi les catégories de catholiques plus ou moins actifs ou davantage convaincus. Même dans une société qui se dit « privatiser » la sphère des convictions, la plupart des gens n'hésitent donc pas à les montrer à leurs proches.

Sondage Au courant Pas au courant

Votre entourage est-il au courant de vos convictions ? 90 % 5,5 %

Ce qui ne signifie pas nécessairement que cela soit considéré comme important, ni qu'il faille le faire avec ostentation. Sur l'affirmation « Il est important d'afficher des convictions religieuses », seule une courte moitié des personnes interrogées marque un accord total ou réservé. Et près de 40 % sont plutôt en désaccord. Ces convictions-là ne sont pas de celles que l'on affiche le plus volontiers. Les chrétiens moins engagés sont encore plus clairs sur la question : ils sont 45,5 % à dire qu'il faut plutôt afficher ses convictions… mais sont aussi 44,5 % à penser le contraire. Même les « abonnés individuels » à l'Appel, dont les convictions semblent particulièrement affichées, ne pensent important d'afficher leurs convictions religieuses qu'à 55 %.

Seuls les chrétiens qui ont répondu au questionnaire publié dans le magazine sont plus affirmatifs sur ce point : visiblement très engagés, ils affirment à 61 % qu'il faut afficher ses convictions. Ils sont aussi 87,5 % à penser qu'il est important de dialoguer sur des convictions religieuses, ce qui est sensiblement plus élevé que la moyenne &emdash;déjà importante&emdash; repérée lors du sondage, où plus de 75 % des personnes interrogées étaient d'avis qu'il est « important de dialoguer sur des convictions religieuses ». Sur ce point, les abonnés individuels à l'Appel sont aussi davantage affirmatifs.

 

 

Des églises vides ? les raisons ne manquent pas !

Pourquoi les églises se vident-elles ? La question, laissée à l'appréciation de chacun, a inspiré bien des commentaires…

Premier accusé : le langage, l'adaptation à la société. Le message évangélique est dépassé, rétrograde. Plus exactement, il ne s'est pas adapté à l'évolution du monde. Il ne parle plus à la société d'aujourd'hui. Tout le monde le constate, même ceux qui sont les plus éloignés de la vie des paroisses. Dans de nombreux cas, l'image de l'Église se révèle rapidement derrière celle du message. L'Institution religieuse est particulièrement mise en cause par les chrétiens les moins engagés. Dans les milieux plus actifs, on évoquera davantage le blocage de l'Institution sur ses points de vue doctrinaux : l'Église ne répond plus aux attentes du monde dans lequel elle vit.

Les milieux plus pratiquants porteront aussi leurs critiques sur la liturgie, souvent accusée d'être sans rapport avec l'expérience et la vie des gens, sclérosée dans des rites incapables de parler un langage actuel. Tout cela serait, en partie, la faute de certains prêtres et d'une hiérarchie estimée parfois trop stricte. L'ambiance des célébrations, leur froideur, leur absence d'humanité, est ainsi souvent mise en cause. Les célébrations sont ennuyeuses, voire &emdash;qu'on excuse l'expression&emdash; purement « ch…tes ».

Toutes les accusations, pour autant, ne visent pas que l'Église. Le monde et son évolution, son individualisme et son matérialisme, sont aussi accusés d'avoir vidé les églises. On vit désormais pour soi, sans peur du péché mortel. Les chrétiens moins engagés, particulièrement, justifient cette désaffection par la course contre le temps qui laisse tout le monde indisponible. Et surtout les jeunes, montrés du doigt à plus d'une reprise : ils ne croient plus, ne pratiquent plus. La faute à la société. Mais aussi au message, qui ne vibre plus à leurs oreilles.

Certains regrettent dès lors le temps d'avant, où régnait le culte de l'effort, aujourd'hui disparu. Où la spiritualité avait davantage de place. Où il y avait plus de messes et de prêtres qui donnaient, alors, « le bon exemple ». « On n'entend plus Dieu »…

Reconvertir les églises ?

Faut-il pour autant se débarrasser des églises qui se vident ? La question, posée dans le questionnaire publié dans l'Appel, recueille « seulement » 50 % d'avis négatifs, 33 % des personnes qui ont renvoyé le questionnaire voyant donc bien les églises vendues. Pour en faire quoi ?

Oui Non Sans avis

Vendre les églises 33 % 49,5 % 17,5 %

Logiquement, la consécration à différents cultes recueille le maximum d'avis positifs, la transformation en locaux polyvalents ne faisant pas recette. Mais les personnes ayant répondu ont aussi d'autres idées :

En faire un lieu d'accueil, avec hébergement d'urgence, notamment pour les SDF (5,12 %). Un lieu de rencntre, de dialogue (1,82 %). Un centre d'action sociale (1,02 %). Un musée ou un centre d'interprétation d'histoire des religions (1,02 %). Un lieu d'accueil pour les jeunes (local, maison des jeunes) (0,68 %) Ou encore : les transformer en logements, maison des associations, maison de village… ou les démolir. Mais plusieurs personnes s'opposent aussi à toute modification de l'affectation des églises…