retour à la page sommaire

L'appel

JUIN 2002

 

Certains articles sont en consultation on-line. Cliquez sur les titres surlignés pour entamer la consultation

Si vous désirez lire d'autres textes, les anciens numéros de L'appel peuvent être commandés au secrétariat de la rédaction

Sommaire

Gros plan: l'art

À voir

Des copies, de main de maître

Éditorial

La beauté, c'est ce qui résiste

À la une

Noces en Galilée

Bruges, Venise de l'art moderne

Donner, c'est recevoir. Recevoir, c'est donner

Signes

Floriane : le bonheur de communiquer

100 000 auditeurs à la messe

Inventons l'avenir

Foot story et match de Loft

Parole

« Il va tomber ! il va tomber ! »

Gros plan

« Une œuvre m'habite, je touche l'indicible »

Dire Dieu dans la dentelle et dans l'acier

Fenêtres sur l'invisible

L'art interpelle l'Église

La Beauté au cœur du projet du Prieuré

Source

Le temps des engagements

Rencontre

Julia Nyssens : « Quand on a prêté serment, on fait respecter les lois»

 La beauté, c'est ce qui résiste

Parler de beauté, quand tant de maux et de malheurs défigurent des visages, des peuples, des lieux, cela a-t-il du sens ? N'est-ce pas une manière de fuir la réalité et le sentiment d'impuissance qu'on ressent le plus souvent lorsqu'on est confronté à la laideur de tant de situations ? Parler de la beauté, n'est-ce pas se réfugier dans un cocon qui évite de se colleter à mains nues avec le poids du monde et sa part d'ombre ? S'il en était ainsi, ce serait en effet insupportable et l'on serait à mille lieues d'un Dieu venu prendre chair jusqu'à mourir défiguré.

La beauté n'est pas un luxe, dont on pourrait se dispenser. Elle est de l'ordre de la grâce, c'est-à-dire de ce qui est donné hors calcul, offerte à toutes et à tous sans qu'on doive la mériter. En cela, elle est proprement subversive, aux antipodes de la logique ambiante, fondée sur l'intérêt. La beauté ne sert à rien… et c'est là tout son prix. Car sans elle, l'horizon se limiterait aux bornes de l'efficacité et de l'utilité. Celles-ci sont indispensables, certes et il convient de s'en préoccuper. Alors, un air de musique, un vitrail magnifié par le soleil, l'harmonie d'un jardin, qu'est-ce que cela change ? Rien, apparemment, et tout est pourtant bouleversé. Que la beauté existe dans la nature, que des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions (on les appelle des artistes) continuent de la révéler, de la montrer, qu'elle échappe à tout calcul pour s'offrir généreusement et cela, par-delà toutes les hideurs que l'on montre quotidiennement, oui, cela relève du miracle. Parler de la beauté, laisser tout l'être s'enchanter de la beauté, c'est oser l'espérance. C'est entrer dans la logique d'un Dieu que ne rebute aucune laideur, mais qui s'en fait proche pour qu'à son contact, elle soit transfigurée. Oui, le monde est laid, parfois, souvent. La beauté, c'est un avant-goût de résurrection : loin de faire fuir la réalité, elle rend cœur pour l'habiter.

Myriam TONUS

 

 

 

 

 IL PERPÉTUE LA TRADITION EN LA RENOUVELANT

Fenêtres sur l'invisible

Les vitraux d'aujourd'hui sont essentiellement un support à la spiritualité et une ouverture sur l'infini. Étienne Tribolet l'a bien compris, quand il a créé les vitraux de l'église des Saints-Pierre et Paul à Thy-le-Château.

Les vitraux de Thy-le-Château étonnent le visiteur qui les regarde la première fois. En effet, ce ne sont pas des vitraux figuratifs où l'on pourrait reconnaître l'une ou l'autre scène biblique. Ce type de vitrail a été conçu à une époque où les gens participaient très peu aux liturgies et étaient, pour la plupart, analphabètes. Les vitraux figuratifs permettaient alors de catéchiser et d'instruire.

Impossible, par contre, de définir ce que représentent les vitraux modernes. Ils sont une invitation à aller vers un au-delà.

Jusqu'à l'âme secrète

Par leur couleur et leur assemblage, les vitraux modernes colorent la lumière et créent une atmosphère de prière et d'intériorité. Voilà pourquoi Etienne Tribolet se définit volontiers comme « un passeur de lumière », évoquant le roman de Bernard Tirtiaux, autre maître-verrier.

En fait, le vitrail moderne ne se réduit pas à une représentation des apparences. Il veut aller beaucoup plus loin : jusqu'à l'âme secrète des êtres et des choses. Les vitraux contemporains nous accompagnent donc dans une approche mystérieuse de tout ce qui nous entoure et que nous portons en nous.

Le vitrail est aussi ouverture de l'édifice vers l'extérieur et vers le Ciel. Le regard est ainsi invité à ouvrir davantage l'espace et l'esprit, à s'ouvrir à l'Infini.

Un jeu de correspondances

Lorsque l'abbé Collard-Bovy, curé de Thy-le-Château, décide de changer tous les vitraux de son église, il propose à É. Tribolet différents thèmes religieux. Pour la nef de droite, il commande des vitraux sur les Mystères Joyeux, pour la nef de gauche, les Mystères glorieux et dans le chœur, le Magnificat. É. Tribolet lit alors les extraits de la Bible qui se rapportent aux thèmes et les médite. C'est là qu'il puise l'inspiration pour la création. Il dessine ensuite et peint les vitraux sur papier, puis construit le vitrail grâce à des fragments de verre colorés. Chaque fragment participe à la cohérence de l'ensemble du vitrail. Et de la même manière qu'un fragment de verre n'a de sens que relié avec les autres fragments, un vitrail est relié aux autres vitraux. C'est ainsi que les vitraux de la nef droite, qui représentent les mystères joyeux, doivent être considérés ensemble. Comment ne pas remarquer, en effet, le bleu du premier vitrail qui appelle celui du dernier, le jaune du deuxième auquel fait écho l'avant-dernier ? Chaque vitrail est relié aux autres par la couleur, les formes… C'est comme une symphonie musicale : une note seule ne fait pas l'œuvre, ce sont toutes les notes qui, mises ensemble de manière harmonieuse, créent la beauté.

Passage vers l'Invisible.

Pour Étienne Tribolet, le vitrail est « un langage ponctué de silences, une juxtaposition de couleurs qui tisse une évocation d'un au-delà et crée une émotion ouvrant au recueillement ». Parce qu'il utilise le langage symbolique, il est un « art du passage », une forme d'initiation aux réalités invisibles.

Il nous conduit ainsi au seuil du mystère. Parce que le vitrail moderne ne représente pas de scène anecdotique, rien ne peut distraire le regard, rien ne vient perturber le recueillement. Le vitrail n'est donc pas une œuvre en soi. Il est en dialogue avec l'espace extérieur et marque

Cathy VERDONCK

Les œuvres d'Étienne Tribolet peuvent être admirées en l'Église Saints Pierre et Paul à Thy-le-Château, en la Collégiale Saints Pierre et Paul de Chimay, en l'Église Saint-Materne de Anthée, en l'Église Saint-Remacle de Wellin et en l'Église Saint Sébastien de Villeneuve d'Ascq (France).

Il y a aussi des œuvres d'E. Tribolet au Centre culturel des Roches à Rochefort.

 L'ART EXPRIME LA FOI

Dire Dieu dans la dentelle et dans l'acier

«La croix en marche», «La terre entre nos mains», «Ville ouverte», «Après le 11 septembre»: les titres sont évocateurs. Cette année encore, le Prix d'Art Chrétien a fait ample moisson de talents. Preuve, s'il en fallait, que la spiritualité reste bien vivace, y compris chez les jeunes.

Ils sont venus, ils sont (presque) tous là en ce chaud dimanche d'avril. En famille, avec des copains, des profs, des catéchistes… Ils sont lauréats du Prix d'Art Chrétien qui, depuis 32 ans, récompense la créativité artistique des jeunes &endash; sans pour autant exclure les adultes. Ils et elles ont peint, sculpté, modelé, gravé, tissé, martelé, écrit… Le thème, cette année, était libre. Les artistes ont donc puisé avec un goût sûr dans les trésors de la tradition chrétienne pour en exprimer le meilleur.

Un accès à l'invisible

C'est en 1970 que René Pouillard, alors prof de religion et d'arts plastiques, lance pour la première fois un concours de créativité à thème religieux. Le bilan de 30 années est impressionnant: 15000 participants de différents pays, 2100 lauréats, près de 51 expositions. «La catéchèse, les cours de religion, la paroisse, c'est très beau, explique R. Pouillard, lui-même peintre, sculpteur et dessinateur. Mais il me semblait qu'il fallait donner aux jeunes les moyens d'exprimer ce qu'ils avaient reçu.» Objectif rencontré, si l'on en juge d'après les œuvres exposées: toutes parlent d'elles-mêmes; le jeu des formes et des couleurs en dit plus long sur la miséricorde du Samaritain ou le réveil de Lazare que bien des discours et cette Trinité-amour et partage, sculptée dans un bois blond, donne au regard accès à l'invisible.

Un combat créateur

Certains des lauréats fréquentent l'atelier que René Pouillard a mis sur pied en 1985, destiné à offrir des techniques artistiques en vue d'animer des groupes de jeunes. Mais on y vient aussi pour soi, par plaisir. Pour se colleter avec la matière, dans une forme de combat qui est, dira le cardinal Danneels, « une imitation concrète de l'œuvre créatrice de Dieu. Il y a quelque chose de divin dans tout artiste qui s'engage dans ce combat avec la terre, l'acier, le feu. Le primat insistera aussi sur la gratuité de l'art, qui l'oppose à la mentalité de calcul et de productivité ambiante. Dans son esprit, d'ailleurs, le Prix d'Art Chrétien se veut un chemin (d')éducateur, et non de compétition, soulignera Philippe Dupriez, Président du jury.

Au-delà de l'utile

C'est bien ainsi que l'on a compris tous ces élèves de 8 à 17 ans, issus des deux réseaux, venus recevoir leur récompense. Sourires ravis, applaudissements, félicitations: l'ambiance est chaleureuse et, où que le regard se porte, il ne peut que s'émerveiller devant la recherche de perfection dont témoignent dessins, sculptures d'acier, vitraux ou fine dentelle. À qui oserait-on dire que les jeunes ne sont préoccupés que de futilités ou, dans le meilleur des cas, de leur avenir immédiat, l'exposition oppose un démenti brillant. Cette année particulièrement, des élèves issus de l'enseignement technique et professionnel raflent une brassée de prix, avec des œuvres au souffle puissant. Ils y ont mis tout leur talent et leur savoir-faire, certes, mais ils ont également fait la preuve que la soudure ou la ferronnerie pouvaient se mettre au service de l'intelligence, de la beauté… et de la spiritualité. Sans doute est-ce aussi l'aboutissement d'une réflexion, menée en classe, en atelier, dans un groupe de catéchèse, dans un cours de religion… sur laquelle l'œuvre referme son secret. Des adultes ont bien dû semer par là, qui ignorent peut-être combien la moisson est belle, surprenante, porteuse d'un avenir ouvert.

L'art dilate la vie

Leur avenir, les lauréats ne le voient pas forcément dans la sphère artistique. Mehdi est l'auteur d'un superbe bas-relief en terre cuite (restaurée en urgence par René Pouillard après qu'elle ait explosé à la cuisson!) intitulé Un seul Dieu pour les chrétiens et les musulmans. Étudiant en option publicité, il fréquente depuis cinq ans l'atelier d'art chrétien. « Mais ce que j'aimerais &endash; si Dieu veut &endash;, c'est devenir architecte.» C'est peut-être cela, la suprême gratuité de l'art, qui le fait chemin de spiritualité: non pas imiter la vie, mais la dilater, lui donner une autre dimension. En récompensant les mains qui se sont risquées à dire quelque chose du divin, le Prix d'Art Chrétien honore le meilleur de l'humain présent en chacune et chacun.

Myriam TONUS

Fondation René Pouillard &endash; 101, av. Molière, 1190 Bruxelles. Tél.: 02/343.21.25 &endash; http://www.art-chretien.be