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L'appel de

SEPTEMBRE 2000

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Sommaire

À voir

Charles Quint revient à Mariembourg

Éditorial

Ressusciter le corps

À la une

Exploitation sexuelle des enfants : des jeunes s'engagent

Foot : les démocrates au vestiaire

Un avant-goût d'Internet à l'école

Signes

Jean Sulivan : un chrétien d'aujourd'hui

Des mots d'aujourd'hui pour la profession de foi

Liège avait un chœur

In memoriam

Il loue désormais Dieu tous les jours

2000 ans:

Thérèse d' Avila, un tempérament de feu

Gros plan

L'être humain, c'est son corps

Dieu commence dans les langes

Des personnes âgées retrouvent un projet de vie

Je crème… moi non plus

Sculpter son corps, c'est d'abord un plaisir

Paroles

Les parapluies de Jérusalem

Sens

La Maison devant le monde

Rencontre

Pierre Gabriel : " L'art est un chemin vers Dieu "

 Ressusciter le corps

" Il se donne corps et âme. " " Elle a un corps divin. " " Il a le diable au corps… "

Dans l'Église catholique, corps et âme n'ont pas souvent fait bon ménage. L'homme a bon être nul sans sa bulle corporelle, le discours de la religion a longtemps incité à ne pas tenir compte de cette enveloppe charnelle, temporelle et honteuse, alors que l'esprit de l'homme, déchargé de sa bogue de chairs et de sangs, était promis à la vie éternelle.

Souffrez humains : votre passage ici-bas n'est qu'un (mauvais) moment à passer, bien vite oublié lorsque vous serez, demain, dans la " vraie " vie.

Facile à dire, et peut-être à atteindre, par ceux qui parviennent à se détacher de leur corps, de ne plus accorder la moindre attention à sa dégénérescence, à ses malheurs et ses handicaps : le soleil ne brille-t-il pas au bout du chemin ?

Mais pour tous les autres ? Tous ceux qui non seulement (res)sentent leur corps, mais " se sentent " aussi " bien dans leur corps " ? Ceux qui vivent dans l'incarnation. Ceux qui entendent battre leur existence jusqu'au fond de leurs tripes. Ceux qui vibrent au rythme de leur corps…

Peut-on ainsi indéfiniment dissocier l'un et l'autre ? Ou le corps et l'esprit ne constituent-ils pas, en fin de compte, deux éléments d'un même ensemble, nécessaires l'un à l'autre pour que l'humain soit un, cohérent, complet et heureux, à l'image de Dieu ?

En ce mois de rentrée, L'appel a donc choisi de ressusciter le corps. Non parce qu'il est à la mode, et que l'hédonisme contemporain a parfois fait du culte du corps une véritable religion. Mais parce que nous pensons qu'il est temps de faire sortir du tombeau cet élément si souvent dénigré, sans lequel nous ne serions rien.

Vivre avec son corps pour que le corps vive n'est pas une maxime sacrilège. C'est juste un petit cri de bon sens. Un cri d'humanité.

 

Frédéric ANTOINE

 NI ANGE, NI BÊTE

 

L'être humain, c'est son corps

" Je pense, donc je suis !" Ce credo hérité du 17e siècle avait fini par reléguer le corps aux oubliettes. Le vent a tourné : désormais, c'est même à partir de lui que des philosophes pensent l'être humain. Thomas De Praetere, jeune enseignant à l'UCL, est de ceux-là. Être matérialiste n'est pour lui en rien incompatible avec le message biblique.

 

- Le corps est important aux yeux d'une philosophie. Mais dit-il la vérité ?

- Il est dangereux de penser cela : on frôle vite les thèses de la psycho-morphologie qui veut qu'un tel a un front de criminel ou le nez d'un pervers… Il faut plutôt distinguer la forme du corps et la manière dont il bouge. Béjart a dit de très belles choses là-dessus : la beauté d'un corps, c'est la manière dont il se meut ; la grâce, c'est une certaine lenteur… Donc, ce qui est révélateur, c'est la manière dont on habite son corps, dont on le déplace. Cela me semble encore être un sujet tabou chez les intellectuels. Avec eux, on peut parler d'argent, de sexe, mais le corps reste hors champs, hors discours. Alors même qu'il est omniprésent dans les images.

- Et pourtant, aujourd'hui, certains scientifiques disent que tous les sentiments sont déterminés par le fonctionnement du corps…

- C'est ce que défendent les " neurosciences ". Je trouve cette approche scientifique tout à fait légitime et intéressante. Elle montre combien la chimie des neurones ou des hormones détermine une grande partie des comportements humains. Mais on peut aussi aborder la réalité d'une manière que je qualifierais de plus " littéraire ". Ainsi, quand Proust décrit une scène de séduction en utilisant l'image d'un bourdon ensemençant une fleur, c'est à la fois très cru et intensément poétique. Dans ce cas, qui en dit le plus ? Le scientifique ou l'écrivain ? Personnellement, je ne me résous pas au scientisme pur et dur, qui aurait le seul et dernier mot sur le corps. Il me paraît important de garder un double regard : celui de la science la plus exacte possible et ce qui relève de ce que Pascal appelait l' " esprit de finesse ", qui sait lire ce que révèle le corps en mouvement.

Le dualisme, c'est le mal

- Et pourtant, impossible de penser si le cerveau est abîmé…

- Bien sûr, mais ce n'est pas parce que le cerveau est indispensable qu'il devient la chose la plus importante. Dans ce domaine, je préfère adopter une position " moniste ", c'est-à-dire croire que l'être humain est fait d'une seule substance et que cela ne sert pas à grand chose de vouloir distinguer ce qui est " spirituel " et ce qui est " matériel ".

- Le dualisme se porte pourtant toujours bien : d'un côté l'intellectualisme qui, vous venez de le dire, ignore le corps et de l'autre, le corps pour lui-même, vénéré et exhibé à chaque coin de rue…

- Eh bien pour moi, le dualisme, c'est le mal moral ! S'enfermer dans un arrière-monde de rêve en fuyant la réalité, revient à s'empêcher d'aimer le monde : on n'agit pas, on cherche à rester " pur ". La position idéaliste est une position anti-monde : elle entend le transformer pour le rendre conforme à ses idéaux, sans prendre le temps de le comprendre, ni par la science ni par la littérature. Chercher le royaume des cieux en dehors du monde, c'est tout le contraire du message évangélique : le royaume, c'est sur la terre. Voilà le message de l'Incarnation.

- Comment expliquer alors que l'on continue à parler de l'âme comme séparée du corps, ou de leur séparation au moment de la mort ?

- Pour moi, il s'agit d'une trahison de la pensée biblique. Il faut voir là l'influence du grec Platon et aussi de saint Thomas, qui a récupéré certains passages d'Aristote concernant l'âme pour les remettre à une sauce " pseudo-chrétienne ". C'est ici et maintenant qu'il faut agir, et non fuir dans le dualisme en attendant des jours meilleurs. Dans cette perspective, l' " âme " est ce qui unifie le divers dont est fait le corps. C'est un principe d'unité.

- Quelles conséquences cette perspective a-t-elle dans le jeu des relations humaines, par exemple ?

- La morale ne peut se limiter à de bonnes intentions. Vouloir faire le bien est une chose. Ce qui compte est de réaliser le bien. Un bouquet de fleurs est le signe d'une noble intention lorsqu'il est bien composé, que les couleurs en sont harmonisées. On peut vouloir faire plein de belles choses pour les autres… si le café est toujours froid et les sandwiches peu appétissants, cela ne va pas. L'intention est visible dans la matière. Et on peut dire que le corps est le lieu des relations parce qu'on s'engage visiblement, physiquement. L'amour pousse à faire des choses pour l'autre. Et c'est à cela seul qu'il se mesure. Cela engage donc le corps.

Le plaisir est dans le minuscule

- Mais le corps est aussi bien fragile…

- Il est en effet le rappel visible de notre limite, de notre finitude. On peut, comme les anciens, se réveiller chaque matin en se disant qu'il faudra mourir.

- Est-ce pour cela que, dans la société actuelle, il est l'objet de tant d'attentions ?

- Parler du " corps idéal ", conduit à la problématique du plaisir. L'illusion, est de croire qu'on aura plus de plaisir avec un corps parfait. Or, rien de plus faux. Mais l'autre piège est de verser dans un discours moralisant…La dérive du " tout au corps " tient à la malchance d'une éducation : on n'a pas appris à l'enfant comment fonctionnait son corps, sur le plan tactile et sensoriel. Il est désolant que tant de gens soient à ce point sensibles aux messages des publicitaires et achètent des crèmes pour se projeter dans les images qu'on leur propose.

- N'est-ce pas la recherche d'une forme de plaisir ?

- Il y a deux types de plaisir : l'un, dans l'excès et la démesure et l'autre, dans l'infiniment petit et la différence. Si l'on ne sait pas goûter le plaisir qui se tient dans l'infiniment petit, on est perdu, on cherche toujours à aller au-delà. La question, n'est pas d'aller plus loin, mais d'y aller beaucoup mieux ! C'est une autre forme de fracture sociale : les uns cherchent le plaisir caché dans la subtilité de l'infiniment petit, ils ne veulent rien de spectaculaire ; les autres ne comprennent pas cela et s'engagent dans un stérile " toujours plus loin ". Preuve de cette recherche actuelle du plaisir non spectaculaire : voyez le succès du livre La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules…

L'émotion, entre-deux

- Finalement, la sagesse familière n'a-t-elle pas raison, quand elle lie les maux du corps à des états d'âme ?

- De fait, on dit qu'on en a " plein le dos ", qu'on " se fait de la bile " ou " un sang d'encre " ! Ca me fait penser à la traduction de la Bible par Chouraqui, qui reprend les expressions à la lettre. Beaucoup ont trait au corps ; par exemple la traduction courante " Jésus fut pris de pitié " devient " il fut pris aux entrailles ". À travers une expression comme celle-là, on voit bien combien le texte a été écrit au plus près du corps, et qu'il n'a rien de dualiste.

- L'émotion, ça touche donc aussi au corps ?

- Évidemment ! L'émotion est le lieu intermédiaire entre ce que les dualistes appellent l'âme et le corps. Mais, je rappelle encore, cette distinction n'a pas de sens quand on est, comme moi, partisan d'un point de vue " moniste ". C'est pourquoi je ne parlerais pas de maladie psychosomatique, parce que cela implique encore une différenciation entre deux éléments. Toutes les maladies sont bien évidemment dans le corps, qui est lui-même le lieu des émotions et de la pensée. Remarquez que, pour les dualistes, les émotions sont difficiles à caser, car elles ne relèvent ni entièrement du corps, ni entièrement de l'âme !

- Tout ramener au corps, n'est-ce pas gênant pour envisager un monde spirituel ?

- Pas du tout. Cette position est effectivement " matérialiste ", mais n'est pas pour autant limitée. C'est plutôt une question de vocabulaire. On peut s'éprouver, dans l'expérience, comme un tout indivisible et utiliser des mots, comme l' " âme ", qui paraissent établir une dualité. L'être humain est complexe et c'est en cela que l'émotion est intéressante, parce qu'elle est un " entre-deux ", qui touche à la fois au corps en tant que matière et en tant que lieu d'expression et de relation.

Propos recueillis par Myriam TONUS

" BONNE NOUVELLE " POUR LE CORPS

Dieu commence dans les langes…

Être un pur esprit, devenir comme les anges: cet idéal désincarné a connu de belles heures dans le christianisme. La Bible, pourtant, est loin d'ignorer les réalités du corps. Au point de révéler un Dieu qui n'hésite pas à prendre chair afin de se faire connaître des humains.

 

" Le Seigneur forma l'humain de la poussière de la terre: il insuffla dans ses narines un souffle de vie et l'humain devint un être vivant " (Gn 2,7). Au-delà de l'imagerie, le récit des origines de l'humanité propose une représentation unifiée de celle-ci : l'humain est indissolublement chair et esprit. Dans la tradition juive, impossible de penser un corps qui ne serait pas animé, ni une " âme " qui existerait indépendamment d'un corps. Ce dualisme, hérité de la pensée grecque, ne s'introduira qu'aux premiers siècles du christianisme.

Une alliance de chair et de sang

" Tourne-toi, me disait-on, tourne-toi, ô Sulamite ! Tourne-toi, tourne-toi afin que nous puissions te contempler!.. " (Ct 7,1). Chant d'amour, le Cantique des Cantiques exprime la jubilation des corps qui se reconnaissent et s'émerveillent. Que la Tradition ait retenu ce Livre comme image de l'Alliance entre Dieu et les humains est remarquable : c'est dans l'épaisseur charnelle que se vit la foi. " J'ai gravé ton nom sur les paumes de mes mains " (Es 49,16), répond le Dieu du premier Testament, signant déjà dans sa chair son engagement vis-à-vis de l'humanité. Et de fait, la quête du Dieu unique se déroule sur fond de sang et de larmes, de soif et de faim, de meurtres et de naissances. L'homme biblique pense tout à la fois son Dieu, son histoire et celle de son peuple. Rien de moins désincarné !

Vrai Dieu, vrai homme

Le christianisme va oser franchir un pas décisif et annoncer un Dieu qui se manifeste dans la proximité d'une existence concrète : celle de l'homme Jésus. Si, dans le premier Testament, Dieu et les humains ont chacun leur territoire propre, les Évangiles proposent à la foi une nouvelle Alliance, où " Dieu se fait humain pour que l'humain se divinise ". Que Dieu puisse s'incarner est proprement impensable, non seulement pour les Juifs au temps de Jésus, mais aujourd'hui encore pour la plupart des religions. Et même aux premiers siècles du christianisme, des propositions jugées hérétiques niaient la nature divine ou la nature humaine du Christ. Jusqu'à ce que les Conciles closent la querelle en déclarant une fois pour toutes Jésus à la fois pleinement humain et pleinement divin. Pour autant, la difficulté de penser cette proposition reste entière ! Jésus pur esprit ou Jésus Superman continuent à hanter les imaginaires contemporains…

Jésus en son corps

Les Évangiles, pourtant, tentent de rendre perceptible cette incroyable incarnation d'un Dieu qui se dit par des gestes humains. Un bébé emmailloté : voilà la première image du Dieu des chrétiens. Plus tard, inlassablement, Jésus touche, nourrit, soigne, pleure, mange, dort, tombe, souffre… L'amour de Dieu pour les humains passe par un corps supplicié, crucifié, mis à mort, enseveli dans un tombeau. Et celui qui apparaît à Marie-Madeleine, aux disciples, c'est bien lui, Jésus en son corps, le même… et en même temps tout à fait autre. Vingt siècles de théologie ont balbutié au seuil de ce mystère d'un corps humain bel et bien défait par la mort et accédant à une vie qu'il portait déjà en germe. " Votre corps est le temple de l'Esprit ", rappellera St Paul : ceci suffit à justifier à la fois le respect qui lui est dû et la maîtrise sereine de ses pulsions.

Myriam TONUS

LES VIEUX ONT ENCORE LEUR PLACE

Des personnes âgées retrouvent un projet de vie

Dans les cliniques gériatriques, on aide les personnes âgées à réintégrer la société. En leur réapprenant les gestes qu'il faut poser. En leur montrant le rôle qu'elles ont encore à jouer. Et en leur redonnant le goût de vivre. C'est le cas au PÈRI, à Liège.

Liège. La rue Montagne-Sainte-Walburge s'arrache péniblement au centre ville. À coup de gros pavés. Assez vite, à droite, un bâtiment en cours de rénovation, avec de grandes parois vitrées toutes neuves. Au milieu d'un parc boisé. Le chant d'un merle couvre le ronronnement de la circulation qui monte du bas. À l'arrière, des vaches broutent, indifférentes.

En situation réelle

Cadre champêtre et accueil chaleureux. Nous sommes au PÈRI, une clinique psycho-gériatrique dépendant de l'intercommunale liégeoise. Une dame, montée sur une chaise, enfonce un clou dans la cloison. C'est qu'il faut mettre la main à la pâte, si l'on veut aménager les nouveaux locaux. Elle s'appelle Marie-Jo Foidart et elle est ergothérapeute.

" Ici, dit-elle, c'est une cuisine, où l'on met la personne en situation réelle. Est-elle capable de faire de la soupe ? Ne l'oublie-t-elle pas sur le feu ? Ne faut-il pas lui réapprendre les gestes pour peler des pommes de terre, pour les laver, pour les couper ? "

On accueille dans cet établissement des personnes âgées qui sont désorientées, confuses ou dépressives. Mais aussi, en neurologie, des hémiplégiques, par exemple, qui sont en phase de réadaptation.

En sortir

" Ici on entre pour en sortir, dit Marie-Jo Foidart, ergothérapeute. Les personnes viennent le temps de poser un diagnostic et de mettre un traitement au point, puis elles s'en vont. Soit elles rentrent au domicile, soit elles sont accueillies par un membre de la famille, soit elles vont dans une maison de repos. "

Dans les couloirs, on croise des patients qui vont et viennent. D'autres s'attablent dans de petites salles communes. Une infirmière en cherche un, qu'elle ne retrouve plus. C'est que l'établissement n'est pas fermé. Mais on ne va pas bien loin.

Une fois le diagnostic posé, il s'agit d'aider le patient à récupérer certaines capacités, ou à apprendre à faire autrement. Le but final étant de le réintégrer dans la société. " Et cela vaut pour toutes les activités d'une journée, ajoute Marie-Jo Foidart. Pourquoi cette dame a-t-elle des difficultés de se laver ? Parce qu'elle n'arrive plus à atteindre ses pieds ? Parce qu'elle a des troubles d'équilibre ? Parce qu'elle ne sait plus programmer les gestes nécessaires ?

On inverse la vapeur

Vous savez, ce que la société renvoie aux personnes âgées, c'est qu'elles n'ont plus grand chose à y faire. Ici, on ne fait qu'inverser la vapeur. Une personne, même très âgée, peut avoir un projet de vie. Même si c'est un petit projet. Peler les patates et les cuire, pour moi, c'est un projet. Ou raconter des histoires à ses petits-enfants. Nos vies ne sont pas faites que de grandes choses tous les jours. "

On s'en doute, ce travail n'est pas toujours gai. Et les résultats, on ne les voit pas tout de suite. " C'est vrai, reconnaît Marie-Jo Foidart. Il y a dix ans que je fais ce métier. Et seule, on ne tiendrait pas le coup. Heureusement, nous avons des équipes assez soudées, on se soutient mutuellement. Et d'autre part, si l'on donne beaucoup, croyez-moi, on reçoit beaucoup. "

Louis Dubois

À FLEUR DE PEAU

Je crème… moi non plus !

Faut-il se bidonner de ceux qui se bichonnent ? Gel, lotion, crème, shampoing, bain-douche… Version unique ou " deux en un ", les instituts de beauté rivalisent pour mettre la peau à (rude) prix.

Recherche de bien-être ou véritable parcours de combattante pour suivre les modes ?

 

" L'avenir de votre peau commence aujourd'hui " (Nivea). Inutile de perdre une minute. Allez, hop, un petit coup de " protecteur jeunesse " suivra la douche matinale, elle-même suivie d'une " huile après-douche, à la fleur de vanille " qui, apaisante " adoucit, satine et rafraîchit " (Bien-Être).

Le corps est aussi une histoire de peau. Cette peau &emdash; sensible au toucher, mais aussi au regard des autres &emdash; est un langage, un code. Quand elle ne se confond pas avec le fait " d'être bien dans sa peau ", la recherche d'une apparence extérieure jeune, dynamique, fraîche constitue un culte. Dans cette quête d'une éternelle jeunesse, tous les recoins du corps sont visés : soins durcisseurs pour les ongles, soin du cheveu, des pieds… Peaux sensibles, peaux sèches, peaux grasses, toutes y passent.

Agressions

Préservez votre peau " d'un environnement hostile (stress, pollution, froid…). Les produits de soins St-Gervais sont tous formulés à base d'eau thermale pure du Mont Blanc " (St-Gervais). C'est que la peau est soumise à rude épreuve. Contre les agressions quotidiennes (y compris celle du tabac !), il faut avoir " le réflexe anti-dessèchement " grâce au " lait réparateur à l'allantoïne " (Mixa).

Dans ce combat cutané, une armée de scientifiques veille, entourée de dermatologues, de laboratoires, de recherches, de compositions " formulées " … Bref, ils concoctent " des soins qui allient la technicité des formules au plaisir des textures " sur le chemin " de la science à la beauté " (Galenic). Pas moins !

L'hydratation constitue le Graal de toute démarche : pour " sentir le plaisir d'un gel fondant ", il faudra " un bain d'hydratation et l'équivalent de 5.000 litres d'au thermale concentrée dans un pot " (Biotherm).

Exotisme et jeunesse

L'extrait pur de plancton thermal, l'extrait pur d'algues bleues, le " gel douche au loofa " (Repère), " au bourgeon de peuplier " (Klorane) renvoient le bon vieux savon au citron vert au rang des produits préhistoriques. Conjuguant jargon scientifique et vertus de la nature, les publicités sont plus riches qu'un herbier. Qui connaît le cédrat ? Mais qu'importe, jamais les plantes rares n'auront été si familières.

Jamais non plus les chances d'une éternelle jeunesse n'auront été si proches. Un petit " gommage exfoliant " avec le " gel buste multi-tenseur " aidera à ne pas oublier que " un corps ferme fait toujours plus jeune " (Clarins). Car l'ennemi suprême veille : le temps. Dès lors, " un anti-glication et anti-rides jour " s'impose puisque " la preuve Daylift neutralise le sucre facteur reconnu du vieillissement cutané " (Onagrine).

Et si toutes ces crèmes et produits donnent encore un teint un peu pâle, " Bronze Magic " offre des " autobronzants visage et corps " (Biotherm).

Les tubes ou la bourse

Démaquiller, tonifier, hydrater, lisser, nettoyer, protéger, apaiser demandera un effort, qui de plus se paie cash, puisque toutes ces fioles ont un prix. Alors, mieux vaut choisir : être à la page ou se libérer de cette torture corporelle et rechercher par soi-même ce qui met bien dans votre peau. A moindre frais et sans les clichés réducteurs de la femme objet.

Bon, je retourne me faire un petit masque aux concombres…

Stephan GRAWEZ

 

 

 

 

 

 

LE SPORT, UNE HYGIÈNE DE VIE

Sculpter son corps, c'est d'abord un plaisir

Des hommes et des femmes aux muscles (trop) saillants et (trop) gonflés, cultivant leur corps jusqu'à l'excès… : ces images remplissent les magazines et les compétitions d'Eurosport. Mais elle n'appartiennent pas à la philosophie d'Yves Eeckout. Lui, il faut le suivre à la trace entre son centre de remise en forme, la caserne des pompiers, la piscine de Jambes, son VTT, la course à pied et son cheval, qu'il monte… sans selle. Autant d'activités physiques qui ne l'empêchent pas de poursuivre un graduat en infirmerie au cours du soir. Beaucoup pour un seul homme ?

" Je ne peux m'investir à fond dans un seul sport, explique Yves Eeckout. Tous les sports m'intéressent. J'ai même fait de la danse et de la chorégraphie. Ce qui me motive, c'est le plaisir que je trouve dans le mouvement du corps, dans la recherche de l'endurance, de la résistance et de la souplesse. De plus, le sport c'est payant au niveau santé et harmonie. À condition de ne pas faire d'excès. L'important est de s'écouter, d'écouter son corps, de découvrir ses limites et de ne pas forcer. Finalement, c'est toute une philosophie "

De la pèche…

Et les personnes qui fréquentent son centre de remise en forme, qu'il a baptisé Pech'tonic, partagent la même philosophie ? " La plupart cherchent du plaisir, certains y viennent pour maigrir, pour améliorer leur silhouette et leur condition physique ou pour gagner de la souplesse. Quelques-uns seulement y trouvent un complément au sport qu'ils pratiquent régulièrement, surtout en hiver. Ce qui importe dans tout cela, c'est d'être bien encadré pour éviter les excès et les accidents. " Peu nombreux sont donc les accrocs des gros muscles, des galettes abdominales et des fessiers athlétiques prêts à se mesurer aux champions du body-building. " Mais il y en a parfois, ajoute-t-il, qui ne sont jamais contents et qui veulent toujours aller plus loin. Ils ou elles n'acceptent pas leurs limites, leur propre corps. Une carrosserie de Rolls Royce avec un moteur de deux chevaux. Cela n'a qu'un temps. "

Pour se sentir à l'aise

À trop chercher une silhouette parfaite, un poids idéal, un corps svelte, c'est toute la vie et les relations qui risquent d'en pâtir. Pour Yves, la recherche de son propre corps et du bien-être physique n'est nullement contradictoire avec la " bonne bouffe ", la fête et les sorties avec les copains et les copines… " Il faut se laisser vivre même si une crème glacée, c'est cinq minutes dans la bouche et cinq ans dans les fesses ", dit-il avec humour. L'important, c'est d'entretenir son corps, de s'y sentir à l'aise : " Il y a des indices qui me font dire que je suis bien dans mon corps. Par exemple, lorsqu'après un effort physique, je prends ma douche, que l'eau coule sur mon corps et que j'ai l'impression d'avoir donné beaucoup sans tricher. J'éprouve alors un sentiment de sérénité. Ou lorsque je me regarde dans un miroir et que ma silhouette me donne satisfaction. On peut se trouver beau en se regardant. L'image du corps, c'est important. C'est notre société de consommation qui le veut. Mais je ne fais pas tous ces sports pour cela. " Quant à la diminution de ses performances physiques et à la vieillesse, il n'y pense pas. Mais il constate : " J'ai un copain qui a une cinquantaine d'années, j'ai du mal à le suivre à vélo. Jusque 55-70 ans, avec un peu de chance au point de vue de la santé et si on entretient bien son corps, il y a moyen de 'gagner' dix ans sur son âge. " Faire du sport, c'est un peu comme se laver les dents : c'est une hygiène de vie.

 

Thierry TILQUIN