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L'appel de

OCTOBRE 2000

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Sommaire

À voir

Bruxelles : il se passe toujours quelque chose à la cathédrale

Éditorial

De la fenêtre à la lucarne

À la une

Marche et démarches de femmes

JMJ : un succès, des questions

Pierre appelle Politique

Signes

La Fédération Wallonne de l'Agriculture germera au printemps

L'appel comme si vous y étiez

Le chemin des Coquelicots

À l'enseigne du marché unique

2000 ans:

Galilée, victime du conservatisme

Gros plan

Y a quelqu'un?

La solidarité n'est plus ce qu'elle était

La paroisse, une passerelle vers le monde

Hors du travail, la solitude…

Internaute cherche partenaire

Paroles

Le peigne, la chaîne et le chameau

Sens

Des vacances à la mer

Rencontre

Jan Dumon : " La Mission est une rencontre "

 De la fenêtre à la lucarne

Dans ce petit quartier endormi en bordure d'une grande agglomération, il y avait jadis trois fanfares, deux associations de colombophiles, un club du " Coin de terre " qui rassemblait tous ceux qui avaient un potager et de nombreux groupements de toutes sortes, dont les membres se réunissaient, notamment, pour " taper la carte " dans un des nombreux estaminets de l'endroit. On pouvait le dire : il y avait là une " vraie vie " de quartier. Le soir, quand il faisait beau, les vieux sortaient une chaise sur le trottoir, et regardaient les gens passer. Chacun connaissait un peu de la vie de l'autre, on se disait bonjour plusieurs fois pas jour…

Aujourd'hui, les restaurants ont remplacé les cafés. On y vient de loin, en voitures de luxe, car le quartier a acquis une certaine réputation. Les " petits vieux " à casquette ont presque tous disparu. Et il n'y a plus personne sur les trottoirs, lors des beaux jours. Le soir, en passant dans les rues, on ne voit que le scintillement de petites boîtes devant lesquelles sont assises en silence deux ou trois personnes. À mieux y regarder, quitte à être un peu indiscret, on constatera que, dans bon nombre de maisons, on regarde en fait les mêmes images animées. Mais chacun chez soi.

Est-ce à dire qu'on ne se parle plus ? Pas vraiment. Au supermarché du coin, la caissière en connaît plus sur la vie de chacun que le curé, chargé de plusieurs paroisses, et qui n'habite pas la paroisse.

Quand il y a coup dur, une partie des habitants continue à s'entraider, à lutter contre une construction qui défigurerait l'environnement, et on reparle même de temps à autre d'une fête de quartier. Mais à la poste, on a dû installer des barrières pour que chacun soit servi à son tour, sans tricher. Et aux feux rouges, quand on peut dépasser tout le monde en empruntant une mauvaise file, certains ne s'en privent pas…

Dans ce quartier, tout cela constitue le " vivre ensemble " de ce passage de millénaire. Les solidarités ont-elles disparu ? Le " lien social " cher aux sociologues est-il devenu virtuel, symbolique, comme lorsque de grandes foules de téléspectateurs " communient " individuellement à un grand événement médiatique ? Ou, derrière ce triste constat, de nouvelles solidarités sont-elles aussi en train de naître ? C'est la question sur laquelle L'appel amorce ce mois-ci sa réflexion. Tout en restant évidemment pour le reste du magazine fidèle à notre pari mensuel : raconter l'actualité qui fait " sens " à la lumière de l'Évangile.

 

Frédéric ANTOINE

DU LIEN IMPOSÉ AU LIEN CHOISI

 

Y a quelqu'un ?

Comme chaque matin, des milliers de voitures s'étirent, au pas. Dans la plupart d'entre elles, un conducteur. Seul. Appels au co-voiturage, démonstration des inconvénients, rien n'y fait. Dans les salles d'attente, dans les files au supermarché, le tableau est identique : chacun(e)occupe sa bulle. Indifférence? Pudeur ? Habitude ? Un peu tout cela à la fois. Quant à s'y sentir bien, c'est une autre histoire…

 

Elle s'affale, tout sourire, sur le dernier siège libre du bus et se met à commenter, avec l'accent de sa Sicile natale, le temps pourri de juillet. Sa voisine hoche mollement la tête en détournant le regard. La petite vieille se fait insistante et montre, à l'entourage, la piètre qualité des fruits qu'elle ramène. Marmonnements, yeux qui fuient : la gêne des passagers est à la mesure de leur impossibilité de bouger ! Le soulagement est manifeste lorsque, quatre arrêts plus loin, elle descend, toujours souriante, s'appuyant au passage sur des bras que l'on sent embarrassés du contact. "C'est quand même une autre culture, hein !", conclut avec évidence un monsieur.

Être né quelque part

Il y a de cela, en effet. Fait d'échanges, d'interactions (paroles, attitudes mais aussi engagement et actions), le lien social est plus ou moins fort selon les cultures. Il évolue aussi avec le temps. Ici aussi, nombreux sont celles et ceux qui se souviennent d'une époque, pas si lointaine, où l'on se parlait entre voisins, où l'anonymat était moins pesant, où la complicité entre générations était palpable. La société était aussi bien différente : c'était avant la grande mutation de cette fin de siècle…

Remontons le temps: il y a cent ans à peine, les mots travail, famille ou patrie sonnaient glorieusement aux oreilles (non sans dérives !). C'est à partir de son travail (ou de son oisiveté), de ses liens familiaux, de l'appartenance à une nation que l'individu se forgeait une identité claire. " Qui est-il ? Où habite-t-il ? Que fait-il ? " : ces trois questions suffisaient pour qualifier quelqu'un, le situer dans une culture, une classe sociale et donc, identifier le rôle qu'il se devait de tenir. La mobilité étant réduite, on naissait, grandissait et souvent mourait dans son terroir d'origine. Le village, le quartier comptait ses familles, et l'on évoquait avec émotion le gars parti s'établir en France ou l'héroïque tante missionnaire en Afrique. Les racines, visibles, puissantes, porteuses de solidarité, avaient évidemment leur inconvénient, cet impitoyable contrôle social, toujours prêt à stigmatiser celui ou celle qui sortait du rail…

Une solidarité forcée

La nostalgie ne doit pas empêcher le réalisme : si " naturelles " qu'elles paraissent, ces solidarités des décennies passées se nouaient aussi par la force des choses et les aléas de la vie en société. Depuis la nuit des temps, guerres, famines et autres fléaux venaient régulièrement menacer la survie des populations. Quel que soit leur milieu d'origine, les individus savaient que leur éventuel salut ne résidait que dans une nécessaire solidarité (l'union fait la force !). Face à l'ennemi, à la peste ou à la tornade, il n'y avait plus ni seigneur, ni manant, mais le coude à coude obligé, souvent fraternel mais tout aussi difficile. Même solidarité à l'intérieur de la famille qui ne pouvait compter que sur ses membres pour faire face à la maladie et au manque de ressources. Cette " solidarité mutuelle ", introduite sur le carreau des usines, donnera naissance à la sécurité sociale qui en a gardé le nom combien symbolique. Aujourd'hui encore, en Espagne où peu de crèches sont ouvertes, ce sont les grands-mères, tantes et voisines qui prennent en charge les petits quand leur mère travaille.

Au nom du devoir

Il ne faudrait pas sous-estimer, non plus, l'importance des " grands idéaux " politiques et religieux qui, jusqu'il y a peu, cimentaient encore les rapports sociaux. Avec leur cortège de devoirs et de contraintes, au nom de Dieu, de la république ou du grand soir, ils mobilisaient les foules, classes et générations confondues. L'affiliation renforçait l'identité et faire partie du syndicat, du parti, de la paroisse ou de la Légion de Marie allait de soi! Encadrant la société, lui fournissant ses références et ses valeurs, la religion et la politique avaient une dimension nécessairement collective dans laquelle l'individu, bon gré mal gré, devait s'insérer pour être socialement reconnu. Sous peine de passer (" ni Dieu, ni maître ! ") pour un anarchiste ou un dangereux misanthrope…

La prospérité, c'est pour chacun

Qu'est-ce donc qui a basculé ? Comment un demi-siècle a-t-il pu grignoter à ce point liens et ciment, faire des individus des atomes isolés ? Un rayon entier de bibliothèque ne suffirait pas, sans doute, à en exposer les raisons. Une chose est sûre : la période d'euphorie qui a suivi la fin de la seconde guerre mondiale (les fameuses Golden Sixties), a radicalement changé la donne. Le spectre de la guerre s'éloigne : " Plus jamais ça ! ", jure la toute jeune ONU. Avec la guerre, les progrès scientifiques aidant, s'éloigne aussi le hideux cortège des maladies et des disettes qui décimaient les populations. Le contrat social entend éradiquer la pauvreté. La consommation semble accessible au plus grand nombre et déjà, venu des États-Unis, un discours susurre que l'individu a droit au bonheur, à l'épanouissement… Éloignées les menaces, à quoi bon la solidarité ? Travail, famille, patrie ne renvoient plus, avec ironie, qu'à une période trouble de l'Histoire de France, et bientôt les garçons rigoleront en entendant leurs pères et leurs grands frères évoquer leurs souvenirs de service militaire. En Occident, donc, " tout baigne ". Ou presque : les pauvres ne sont pas (trop) visibles. Quant au tiers-monde, il est loin…

Sauve qui peut

La "crise" des années 70 ne sera que le signal annonciateur d'une véritable mutation. En se mondialisant, l'économie envoie aux oubliettes les règles, toutes fraîches encore, qui jusque là encadraient les activités de travail : stabilité, proximité, protection… Les citoyens sont invités à se serrer la ceinture, en vue d'un hypothétique bien commun qui, décidément, tarde à venir. En attendant, le fossé entre riches et pauvres ne cesse de se creuser, entre pays nantis et pays mal développés mais aussi, en proximité, entre ceux qui ont encore accès au gâteau et ceux qui n'en ramassent même plus les miettes. " Chacun pour soi ! ", tel est le mot d'ordre à peine implicite qui préside au naufrage du vieux monde. Voici venu le temps du cocooning : puisqu'il fait dur et froid dehors, autant chouchouter son intérieur, ses proches, son moi. À la périphérie des villes poussent comme des champignons des maisonnettes, chacune entourée de sa haie tirée au cordeau. Au cœur des villes poussent des tours comme des ruches où l'on peut mourir sans que quiconque s'en aperçoive. Quant aux grandes idéologies, elles vont s'effondrer avec le mur de Berlin : les affiliations (au parti, à l'Église) ne font plus recette.

Des liens en retissage

Caricature ? À peine. Cependant, à travers ces bouleversements, la recherche de lien social survit, tenace, prenant mille formes. Ici s'ouvre une école de quartier, là un resto du cœur. On invite à une table de conversation, on crée des guichets de proximité. Des papys vont conter des histoires en maternelle. Des réseaux nombreux se forment, éphémères ou durables : des gens s'organisent pour aider les pays du Sud, défendre l'environnement, soutenir les réfugiés, rajeunir leur Église. Pas question d'embrigadement ni de règlement. On vient volontairement, on quitte quand on veut, mais l'efficacité est requise et l'on retrouve, côte à côte comme au bon vieux temps, des individus venus d'horizons très différents. Vissés à leur portable, des jeunes veulent à tout prix " rester joignables " n'importe où, n'importe quand. Les mêmes, le soir, se donnent l'illusion d'une communication sans limite en " tchatchant " sur la toile de l'Internet… Il se pourrait bien qu'aux larmes de L'ultra-moderne solitude chantée par Souchon, chanteur-phare des trente dernières années, réponde la voix chaude et amicale de l'ami Brel, ce vétéran: Non, Jeff, t'es pas tout seul !

Myriam TONUS

PALÉO ET NÉO RURAUX DANS LES CAMPAGNES

La solidarité n'est plus ce qu'elle était

Les agriculteurs se font rares, les fermes sont rachetées par ceux qui quittent la ville et rêvent d'une campagne plus idyllique que réelle… La guerre est-elle donc déclarée entre les paléo et les néo-ruraux ? Ce n'est pas l'avis de Colette Dejasse, la présidente de l'Action Chrétienne Rurale des Femmes (ACRF).

Née dans un village du Condroz et fille d'agriculteur, Colette Dejasse a épousé un homme de la ville, mais elle a vécu après son mariage dans une autre entité rurale. Puis elle a gagné la ville, pour faciliter les études et les autres activités des enfants. Toutefois, en tant que permanente et à présent présidente de l'Action Chrétienne des Femmes (ACRF), elle connaît et observe la démarche inverse.

Au bon vieux temps…

" Bien sûr qu'il y avait jadis davantage de solidarité entre les agriculteurs quand ils étaient plus nombreux dans nos villages !, estime Colette Dejasse. Mais il fallait souvent être présents depuis deux ou trois générations pour être tout à fait reconnus! Aujourd'hui, les agriculteurs, ne font plus que 2 % de la population du pays. Les conditions d'exploitation sont aussi de plus en plus exigeantes aux plans techniques et financiers. Il ne faut donc pas s'étonner de voir cette solidarité entamée. On est venu au règne de la concurrence entre exploitants. Mais les rapports sociaux dans les villages ont aussi été modifiés par la diminution des écoles et des petits commerces, des gardes-champêtres, des facteurs, des curés… ainsi que par l'augmentation de l'emploi chez les femmes. "

De plus en plus de nouveaux

D'un autre côté, explique la présidente de l'ACRF, de plus en plus de gens quittent les villes et s'installent dans les villages. Ils y sont assez bien accueillis quand ils viennent occuper une maison faisant déjà partie du paysage. Mais la reconnaissance des habitants de nouveaux lotissements est plus dure. Il en va de même pour ceux qui ne font que loger à la campagne et se rendent chaque jour en ville pour leur travail, la fréquentation scolaire des enfants et leurs achats.

De plus, bien des nouveaux venus ont idéalisé la vie au village, loin des pollutions urbaines. Ils n'ont pas mesuré les problèmes qui s'y posent en matière de transports, de fermetures d'écoles et d'agressions contre l'environnement : installations d'incinérateurs et d'antennes, usage de pesticides et autres composantes de la vie moderne…

" Aussi, même si certains néo-ruraux partagent les préoccupations et les actions des collectivités locales, les rapports entre agriculteurs, ruraux et néo-ruraux s'avèrent parfois fort tendus. Surtout lorsque des affirmations, accusations et actions (comme l'appel à la police) sont préférées au dialogue… "

Faire ensemble

À l'ACRF, on préfère prôner l'accueil et la rencontre. On encourage la mise sur pied d'activités qui rassemblent, par exemple en matière de santé, et on encourage les initiatives particulières. Des actions dans le domaine de la mobilité. La création d'une plaine de jeux à Gendron. La découverte de la vie au camping à Saint-Gérard. La route du Fromage dans la région d'Havelange, l'hébergement d'adultes et de jeunes en grande difficulté sociale près de Bastogne…

L'ACRF insiste non seulement sur l'importance des rapports entre tous les habitants de chaque entité locale, mais aussi sur d'autres implications comme la promotion de circuits courts entre producteurs et consommateurs, ainsi que la prise en compte de problématiques plus larges. " Il faut rejeter le slogan trop simpliste "Pas de cela dans ma cour" et lui préférer un "Penser et agir localement et globalement".

Jacques BRIARD

L'ÉGLISE LOCALE, LIEU DE RETROUVAILLES ?

La paroisse, une passerelle vers le monde

La paroisse, lieu de rassemblement par excellence ? L'image est encore bien présente dans les esprits. Mais est-elle un endroit de ralliement pour tous, ou pour quelques-uns ?

La question a été posée en différents endroits du diocèse de Liège qui prépare depuis deux ans un nouveau projet pastoral.

 

Station-service des sacrements et rites : voilà la première image actuelle de la paroisse. Dans un environnement rationnel et pragmatique où on recherche l'efficacité, les événements sociaux se fêtent dans une célébration religieuse " en paroisse ". Parce que c'est le lieu de traditions, de lien entre les générations. " On a toujours fait comme ça dans la famille " explique une jeune maman.

Club du troisième âge

" J'aime tant écouter les cloches ", confie une personne âgée qui pourtant ne fréquente pas l'église. " Elles rythment mes journées et puis on sait tout ce qui se passe, un baptême, un mariage et aussi les enterrements. C'est comme les annonces paroissiales qui paraissent dans un toutes-boîtes de la région : même si on ne va pas aux célébrations, on est au courant ! ". Les petites paroisses ont ainsi leur raison d'être : elles favorisent la communication sociale. Tout le monde le reconnaît : il y règne souvent une atmosphère très conviviale, on s'y connaît, se parle et échange les nouvelles… Mais elles font souvent aussi " club du 3e âge ", car les jeunes ne s'y sentent pas à l'aise…

Paroisse pivot ou passerelle ?

L'image de la paroisse pivot de la vie d'un village a vécu. Mais d'autres figures se cherchent et font parler d'elles.

Des secteurs, regroupant plusieurs paroisses et même plusieurs communes, sont en route. Ils permettent d'entrer, à petits pas, dans une autre visée, mais il faut du temps pour que cela prenne corps. Désormais, des laïcs deviennent partie prenante d'un conseil où ils représentent leur paroisse. Parfois, ils y sont élus ou cooptés. Ils y figurent la nouvelle Église, communauté locale de demain.

À la porte

Pour de nouveaux habitants, la paroisse peut aussi être le premier relais, le premier contact avec la localité. Certains " s'y présentent " au curé. D'autres expriment par la paroisse le désir de rencontre, de savoir ce qui existe dans le coin.

Les demandes de célébration de baptême revêtent, à ce sujet, une belle opportunité.

" L'important est, peut-être pour les parents, de vivre une belle cérémonie de fête de la naissance de leur enfant, mais ils expriment une demande, chargée d'un désir qui est souvent difficile à formuler ", expliquent ceux qui accueillent ces demandes. " Nous devons donc les recevoir, les écouter, les respecter dans leur démarche et leurs questions. Se laisser toucher et même transformer par ces rencontres. "

La paroisse est donc certainement un facteur de lien social. Mais elle n'est pas seulement cela. Elle est aussi lieu d'information, de débats, d'espérance, d'amitié, de recherche pour dire Dieu nouvellement.

Marie-Christine LIBON-JAMAR

 

(1) Myriam TONUS : " Réinventer la Tradition ", CreFoT-Recherches, n°76 juillet 2000 p. 37.

  • Imagination et créativité
  • Les chrétiens sont invités à prendre du recul par rapport au passé, à ne pas " chercher du grain à moudre au moulin de leur nostalgie "(1).
  • Ouvrir les paroisses à leur environnement, être partenaires dans les actions dans la commune et dans la société en général, là où se prennent des décisions influençant un " plus " d'humanité ; là où se pose, de manière renouvelée, le sens de l'existence.
  • Répondre à la demande très claire des jeunes adultes, d'avoir un langage nouveau dans l'Église et les célébrations.
  • Proposer des moments d'écoute, dans la discrétion, dans l'ouverture à tous ; des " heures d'amitiés ", lieu de rencontre et d'échange, voire de débat en petit groupe.
  • Diffuser les " bulletins paroissiaux ", les rendre attractifs, ouverts aux informations sortant du " club ".

LE BOULOT, ÇA CRÉE DES LIENS

Hors du travail, la solitude…

Qu'on soit mis au chômage, ou admis à la retraite, ou qu'on prenne volontairement un congé de longue durée, il est rare qu'on ne fasse pas l'expérience de la solitude. C'est que le milieu du travail créait des liens sociaux, que l'on ne retrouve plus.

" Je vous présente Edmond D., ancien directeur de… ". C'est quand on l'avait présenté de la sorte, lors d'une rencontre, qu'il avait pris conscience de son état. Directeur, peut-être, mais ancien surtout. Il n'était plus qu'ancien. Usé. Atteint par la limite d'âge, comme on dit. " Atteint : touché par un mal ", dit Le Petit Robert, qui visiblement s'y connaît. Oui, il était atteint…

Seul

Il avait été directeur d'un gros établissement scolaire pendant près de trente ans. Plus de cent professeurs, un millier d'élèves, plus de deux mille parents, puisqu'on ne se contente plus, aujourd'hui, d'un seul père et d'une seule mère. Des réunions, des conseils, des visites. Longues journées, courtes nuits. Plus guère de temps à soi. Ni pour préparer la retraite. Et puis, vlan, atteint.

Et il se souvient. " J'ai dû quitter l'école, bien sûr, et je me suis retrouvé seul. Au début, c'est gai de se lever sans un réveil qui vous tire hors du lit. Mais au bout de quelques jours, on se dit que, si on ne se levait pas, personne ne le remarquerait. Ancien…

Bien vite, est venu le besoin de rencontrer des gens, comme avant. Mais d'autres personnes. Et deux ou trois fois par semaine, en fin de matinée, je me rendais dans un grand magasin. C'est pratique, les grandes surfaces. Vous avez l'éclairage et le chauffage gratuits. Bien sûr, vous devez vous armer d'un caddy. On n'imagine pas un soldat sans son fusil. Mais il suffit de glisser vingt francs à l'entrée et on vous les rend à la sortie. Que demander de plus ?

Et je circulais dans les allées. Bien souvent je n'achetais rien, et personne ne me le reprochait. Mais rares étaient les jours où je ne rencontrais pas une connaissance. Alors, on parlait. On évoquait le passé. Et moi, je faisais le plein pour la journée. "

Remplacée

Cathy, elle, n'était pas atteinte par la limite d'âge. Loin de là. Enseignante à temps plein, elle avait décidé de prolonger son congé de maternité après la naissance de son enfant, en demandant un congé parental. Pour elle, les rencontres ne manquaient pas. En conduisant les enfants à l'école, notamment. Même si, ensuite, elle se sentait bien seule chez elle.

" Mais ce qui m'a frappée le plus, dit-elle, c'est quand je suis retournée à l'école, pour reprendre contact, quelques jours avant de recommencer à travailler. Là je me suis vraiment dit : si j'avais été morte, ce serait la même chose. J'étais remplacée et ça tournait sans moi. Et cependant, c'est une école où l'on s'entend très bien. "

Un magot

Robert, par contre, n'avait pas demandé à quitter son emploi. Il était contremaître en usine. Un jour, l'entreprise a fermé ses portes.

" C'est dur, dit-il, quand vous avez travaillé près de trente ans dans une entreprise. Qu'on vous faisait confiance, qu'on vous confiait des équipes d'ouvriers, que vous connaissiez chacun, ses soucis, ses espoirs. Que vous aviez l'impression d'être utile. Et que, du jour au lendemain, vous vous retrouvez seul. À faire le ménage pendant que votre épouse travaille. Bien sûr, on vous donne un magot qui n'est pas négligeable. Mais c'est pour vous faire taire. Et l'argent, ça ne tient pas compagnie… "

Louis DUBOIS

TECHNIQUES ET RELATIONS : LE BON MÉNAGE ?

Internaute cherche partenaire…

Coups de foudre par Internet et les communautés virtuelles : les médias se font volontiers les témoins de ces relations qui se créent via le web. La technologie peut-elle venir au secours du lien social ? Parfois oui, et parfois non.

L'exemple est connu: une famille éclatée à travers les différents continents trouve dans l'Internet l'outil idéal pour reconstruire le lien social. Un frère au Kansas, l'autre au Népal et une série de cousins en Corse. Grâce à un site web qui recueille photos, petites nouvelles et même des recettes de cuisine, la famille peut se recréer une intimité malgré les distances et les fuseaux horaires.

Mais, même si leur nombre s'accroît tous les jours, ces familles restent minoritaires. Et ce n'est pas Internet qui crée le lien familial. Il sert surtout à l'entretenir car " si le noyau n'était pas déjà très soudé dans le monde réel, explique un internaute, la sauce ne prendrait pas ".

Tout le monde il est beau

Autres exemples tout aussi connus : les groupes de copains ou les couples qui se forment via la toile interactive. Gros avantage : en restant chez soi, on peut entrer en contact avec des milliers de personnes et changer d'interlocuteur tous les soirs si on le désire. Inconvénient : les liens sont beaucoup plus fragiles, chacun ayant la possibilité de rompre le contact en se déconnectant, sans autre explication. Autre avantage, du moins en apparence : " Dans le dialogue en ligne, il y a cette illusion que tout le monde s'aime, que tout le monde est gentil " explique un adolescent. Mais la contrepartie peut surgir rapidement : " On peut facilement éjecter quelqu'un ".

Par le réseau, la relation est souvent tronquée car elle n'est pas complète : on ne perçoit que certains aspects de l'autre, dont on se fait une représentation imaginaire. Lorsque les échanges débouchent sur une rencontre en chair et en os, la surprise peut être bonne ou mauvaise mais de toute façon imprévisible car, comme l'explique le psychanalyste Henry Krutzen, " Il est très rare que l'autre ressemble effectivement à l'image que l'on s'est construite".

Des villages virtuels

On l'aura compris, Internet, pas plus que tout autre moyen de communication, n'est la panacée. Il présente de réelles potentialités pour les isolés, les personnes âgées, les handicapés, qui peuvent construire ou retrouver des liens affectifs disparus. Il permet de communiquer d'un quartier à l'autre, d'un groupe à l'autre, de tisser des liens avec un pays d'origine ou avec une région de vacances, de se rejoindre sur des sujets d'intérêt local. Grâce à lui, on peut refabriquer un " village local " au sein du village global, trouver des correspondants passionnés ou préoccupés d'un sujet particulier, désenclaver des quartiers ou des individus.

Il convient particulièrement à la dynamique associative qui est faite d'échanges, de partage des idées, de réseaux qui trouveront là de nouvelles façons de communiquer.

Pas pour tout le monde

Mais il génère ou renforce des exclusions, comme la pauvreté ou de la maîtrise technique, pour ne citer qu'elles. Le phénomène n'est malheureusement pas nouveau. Il suffit de se rappeler que 70 % de la population mondiale n'a pas accès au téléphone…

Paul de THEUX