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L'appel

DÉCEMBRE 2001

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Sommaire

Gros plan: l'Euro arrive en Europe: argent content?

À voir

Miro et ses personnages

Éditorial

 Cadeaux de Noël

À la une

Pas de fatalité à l'exclusion

Des crèches « made in par-ici »

Cheri dépêche-toi, je divorce

Signes

La Bible prend de fameuses couleurs

« Et si on gérait le budget nous-mêmes »

Bruno : un prof qui ne cache pas sa maladie

Parole

La goutte d'eau

Gros plan

L'Euro(pe) à portée de main

Emplettes en Euroland : du rêve à la réalité

De l'Ecu à l'Euro

Pologne : De l'enthousiasme à l'inquiétude

Êtes vous europtimiste ?

Source

Décembre : une place pour les petits

Rencontre

Jean-Marie Muller : « On a encore tout à apprendre des béatitudes

 Cadeaux de Noël

 

Étrange cadeau que celui que nous allons recevoir à la fin de ce mois de décembre : des pièces et des billets. Enfin, si l'on peut parler de cadeau puisque, pour obtenir cette nouvelle monnaie, il faudra l'échanger contre de l'ancienne…

Mais étrange cadeau aussi parce que, à bien des égards, on peut s'interroger sur les raisons profondes de cette formidable mutation d'attitudes qu'on nous impose.

En effet, qu'on le regrette ou le déplore, dans notre société basée sur l'échange, tout n'existe que par sa valeur « commerciale » : ce que chaque chose vaut et ce qu'on peut espérer en contrepartie. En échange de son travail, on reçoit de l'argent. En échange de son argent, on se procure ce que l'on veut… Si l'on n'a ni l'un ni l'autre…

Il serait sans doute mieux que tout n'ait de valeur qu'en fonction de ce que l'on en fait (une « valeur d'usage »), en fonction de ce que cela représente (une « valeur symbolique ») ou en fonction de ce que l'homme lui apporte (une « valeur humaine »).

Mais voilà : aujourd'hui règne la valeur d'échange. Celle qui permet de comparer, d'apprécier, d'évaluer. Et c'est elle qu'on va nous changer. D'un seul coup. On nous aura prévenus, c'est sûr. On nous aura incités à nous préparer. C'est l'évidence. Mais c'est lorsqu'on se retrouvera devant l'obligation d'évaluer la valeur d'échange d'un bien en Euros qu'on comprendra vraiment l'ampleur de la révolution mentale que chacun va devoir accomplir. Avec cette question qui reviendra inévitablement à l'esprit : voilà bien un grand effort. Mais dans quel but ?

L'Europe est-elle soluble dans l'Euro ? Faire vivre en harmonie des centaines de millions d'habitants passe-t-il seulement (ou d'abord) par l'usage d'une monnaie commune ? Le symbole en vaut-il la chandelle ? Ou sert-il (aussi) d'autres objectifs ?

Un peu occultées par l'enthousiasme médiatique du « Passage à l'Euro », ces questions seront ce mois au centre de notre « grand angle », consacré à ce drôle de cadeau.

Et puisque Noël est le temps des cadeaux, nous nous permettons, en plus, de vous en faire un autre, un « vrai » : celui de vous demander votre avis. L'absence de concertation, l'adoption de décisions « technocratiques », est souvent ce que l'on reproche à l'Europe, même si des députés élus y siègent en notre nom.

Le même reproche revient souvent dans d'autres domaines : « on décide sans nous consulter ».

L'appel vous invite donc à inverser les rôles. Sur l'avenir de l'Église, de la foi et de la religion, nous vous proposons de nous donner votre opinion. Quatre pages reprennent, au centre de ce numéro, les questions que nous avions envie de vous poser. Nous vous invitons à les détacher, à y répondre et à nous les renvoyer. Si vous souhaitez faire partager cette « consultation » par d'autres, par des groupes, n'hésitez pas. Demandez-en nous des exemplaires supplémentaires ou faites-en des copies. Nous serons ainsi en mesure de présenter bientôt « l'avis des lecteurs de L'appel ».

Un cadeau que nous pourrons alors partager ensemble. Ce qui est ce que l'on peut souhaiter de mieux. Comme Jésus, cadeau de Dieu, né parmi les hommes. Et que l'humanité a la chance de partager chaque jour.

Joyeux Noël !

Frédéric ANTOINE

UN PAS DE GÉANT. MAIS POUR QUELLE CONSTRUCTION EUROPÉENNE ?

 

L'¤uro(pe) à portée de main

 

Avec la naissance de sa monnaie, l'Europe devient palpable. Et puissante. Mais des pièces et des billets, est-ce suffisant pour construire une identité ? L'Europe, c'est aussi une diversité sociale, culturelle et spirituelle. Une diversité qui aussi fait sa richesse. Et sa force.

Théologien dominicain, Ignace Berten travaille depuis plusieurs années sur les questions européennes comme membre de l'association « Espaces-spiritualités-cultures et sociétés en Europe ». Il vient de publier un livre dont le titre, à première vue, étonne : Pour une Europe forte et puissante (1).

&emdash; L'apparition de l'Euro dans les porte-monnaie, est-ce un événement important pour la construction européenne ?

&emdash; Ce l'est d'abord simplement d'un point de vue économique. Cela va faciliter le travail des entreprises, mais aussi la vie du citoyen ordinaire, du moins celui qui voyage un peu. L'impression de passer une frontière parce que l'on change de monnaie va disparaître. Cela va aussi contribuer à la construction d'une identité européenne… mais il ne faut pas majorer les choses.

&emdash; Est-ce à dire que c'est d'abord « l'argent » qui construit l'Europe ?

&emdash; Ce que l'on a d'abord voulu construire, c'est la paix. Mais pour ce faire, on a pris les moyens de l'économie. Le processus européen institutionnel a donc démarré essentiellement sur des bases économiques avec la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier (CECA). L'économie est devenue progressivement une dominante, même s'il y a eu certains rééquilibrages. Ce n'est donc pas un hasard si on a mis la pédale sur des éléments économiques comme la monnaie. On se rend bien compte aujourd'hui qu'il y a un déséquilibre entre l'économique et le politique. Les récentes tensions entre les gouvernements européens et la Banque Centrale Européenne (BCE) le montrent bien. Celle-ci est pratiquement le premier organisme effectivement fédéral. S'il n'y a pas une instance politique de même niveau en face d'elle, on arrivera à des incohérences.

&emdash; Dans une récente séquence télévisée, on a vu le ministre belge des finances, Didier Reynders, introduire une pièce d'un Euro dans un distributeur de Coca-Cola. N'y a-t-il pas là une incohérence ?

&emdash; J'ai aussi été frappé par cette sorte de contradiction entre la publicité pour la monnaie européenne et une marque américaine que l'on met en avant. Cela peut apparaître comme le signe d'un pas en avant de l'Europe dans la mondialisation de l'économie. Mais dans ces machines automatiques qui fleurissent un peu partout, on peut davantage encore voir l'expression d'une société qui pousse à la consommation. La même séquence a montré l'imposant bâtiment de la Banque Centrale qui « se dresse » en quelque sorte face à une mondialisation soumise au dollar américain. L'Euro, c'est aussi l'émergence d'une nouvelle monnaie puissante qui peut faire contrepoids à cette puissance unique du dollar.

&emdash; C'est un appel à une Europe forte et puissante, comme vous le soulignez dans votre livre…

&emdash; Ce livre est un acte d'espérance politique : l'espoir que l'Europe soit capable de vivre et d'affirmer un autre modèle face à une mondialisation qui cherche à s'imposer avec comme seul critère, celui de l'économie et du profit. Il ne faut cependant pas être naïf : nous vivons dans un monde de rapport de forces. Il n'y a pas de politique possible sans tenir compte de cela. Si l'Europe n'est pas forte ou capable de s'imposer dans un certain nombre de domaines, elle n'a aucune chance de faire valoir ce à quoi elle voudrait tendre, que ce soit au niveau de son modèle social ou du dialogue pacifique avec les autres cultures et religions. Mais je sais aussi que la puissance est une réalité dangereuse : quand on est puissant, on risque toujours de s'imposer aux autres non plus pour un idéal commun, mais pour ses propres intérêts. Il faut donc aussi militer pour les contrepoids à la puissance que sont la démocratie, la participation, la capacité pour les groupes moins forts de se faire entendre. On assiste à l'émergence de grands mouvements de protestation qui appellent à une autre mondialisation, plus universelle, plus reliée. Cette société civile contestante, qui s'est manifestée à Seattle et à Gènes ou via l'Internet, commence à devenir une force dont les politiques sont obligés de tenir compte. C'est un des enjeux du prochain sommet de Laeken : dans le cadre d'une renégociation des traités européens, comment intégrer davantage l'expression de la société civile ?

&emdash; La monnaie est un symbole : elle relie et favorise les relations. Du point de vue étymologique, le mot « religion » signifie aussi « ce qui relie ». Pourtant, dans les traditions chrétiennes, dans l'Évangile, Dieu et l'argent ne font pas bon ménage : « nul ne peut servir deux maîtres… »

&emdash; Dieu et l'argent sont ambivalents. Si l'argent permet la relation dans une certaine liberté, en même temps, il est source d'opposition et de violence lorsqu'on se l'accapare, lorsqu'on en fait non plus un moyen de relation, mais un but. De son côté, la religion relie, mais elle peut aussi être source de violence, comme le montrent les événements actuels. L'opposition que propose l'Évangile n'est pas entre l'argent et la religion, mais entre l'idole et Dieu. Si on idolâtre l'argent comme valeur suprême, il n'y a pas de reconnaissance de Dieu possible et cela génère de la violence entre les humains. De même, si l'on fait de la religion une idole, si l'on fait de l'institution religieuse, des dogmes ou de la particularité d'une religion un facteur identitaire d'opposition aux autres, il n'y a plus d'accès à Dieu et cela génère aussi la violence. Les Évangiles dénoncent aussi une certaine idolâtrie de la loi religieuse qui empêche l'accès à Dieu.

&emdash; Y a-t-il néanmoins une place pour les traditions religieuses dans le paysage européen ? Ou sont-elles marginalisées ?

&emdash; Jusque très récemment, les religions ont purement et simplement été exclues du processus de la construction européenne. Même s'il y eut de temps en temps des points de contacts et de dialogue. C'est dans une annexe au traité d'Amsterdam que, pour la première fois, les religions et les Églises ont été nommées. Puis, dans son préambule, la Charte européenne des Droits fondamentaux s'est référée explicitement au « patrimoine spirituel et moral ». On veut signifier par là que la construction européenne n'est pas seulement une question économique et technique, mais aussi un projet de valeurs. Le préambule insiste d'ailleurs fortement sur les valeurs et sur la personne qui doit être au centre.

Aujourd'hui, dans un certain nombre de débats, notamment sur les questions de bioéthiques, on se rend compte qu'il faut ouvrir notamment aux traditions religieuses un espace du dialogue, d'échange et de réflexion.

&emdash; Le facteur religieux joue aussi un rôle de plus en plus important dans les conflits qui traversent notre monde…

&emdash; Lorsqu'un conflit démarre pour des raisons politiques, économiques ou culturelles, le facteur religieux intervient rapidement et contribue d'une certaine manière à créer des solidarités. Il est clair, par exemple, que dans la guerre qui a ravagé l'ex-Yougoslavie, le facteur religieux a favorisé une solidarité entre les pays de tradition orthodoxe. À l'heure actuelle, au delà de l'alliance très fragile initiée par les États-Unis contre le terrorisme, il subsiste un grand risque de dérapage qui conduise à une coalition de tout le monde musulman. Le sentiment religieux est important, car il joue de façon quasi spontanée et peut être l'objet de manipulations. Il faut donc en tenir compte dans le politique, sinon on risque de contribuer aux causes de la violence.

&emdash; L'Islam est devenu une donnée du paysage culturel et religieux européen. Dans nombre de nos pays, c'est la seconde religion. Un Islam européen est-il en train de naître ?

&emdash; Pendant longtemps, l'Islam a été européen. Il a marqué nos cultures, puis on l'a chassé… À travers les nouvelles générations issues de l'immigration, il redevient européen. Effectivement, de plus en plus de jeunes musulmans se sentent belges, allemands, et européens. Il est donc indispensable de trouver des modalités de convivialité en faisant le pari que l'on peut s'enrichir mutuellement. Mais l'Islam européen doit pouvoir être animé et réfléchi par des musulmans européens. D'où l'enjeu de créer dans nos pays des facultés de théologie musulmane à partir de musulmans enracinés chez nous. Les opinions publiques éprouvent parfois des difficultés à comprendre cela. Mais si on ne le fait pas, c'est un Islam de l'extérieur &emdash; et souvent un Islam de confrontation avec l'Occident &emdash; qui risque de s'imposer.

&emdash; L'élargissement de l'Europe peut aussi favoriser cette ouverture…

&emdash; Un des grands enjeux de l'avenir est la candidature de la Turquie à l'Union Européenne. Celle-ci met clairement des conditions politiques, de démocratie et de respect des droits de l'homme. Si la Turquie parvient à satisfaire ces critères, ce serait une chance pour l'Europe que elle puisse adhérer à l'Union. Elle deviendra ainsi une interface entre notre monde occidental, qui a une tradition largement chrétienne, et le monde musulman. Elle ne sera pas seulement un allié militaire, mais un allié politique et culturel. C'est un élément qui a une signification symbolique et politique importante pour l'avenir.

Propos recueillis par Thierry TILQUIN

(1) Ignace Berten, Pour une Europe forte et puissante, Ed. Luc Pire, 2001, 118 p

ET VOGUE L'¤URO

Emplettes en ¤uroland : du rêve à la réalité

Encore quelques fois dormir, et le bateau Euro s'amarrera définitivement aux économies de l'Euroland. Un grand rêve devient réalité. Adieu franc belge, bonjour monnaie unique. Entre attentes et promesses d'une économie « nouvelle », les consommateurs et les entreprises restent cependant prudents … Pourvu que tout bascule… sans chavirer !

« La communication relative à l'Euro tourne à plein régime, du côté des pouvoirs publics comme dans le secteur privé » se félicitait récemment Jan Smets, Commissaire général à l'Euro. « Tous les médias prêtent désormais une grande attention à l'Euro. Nous avons de bonnes raisons d'être satisfaits… Mais la réussite du basculement exigera encore d'importants efforts… Il convient même d'envoyer aujourd'hui encore un signal fort aux entreprises, aux pouvoirs publics et aux consommateurs : préparez-vous ».

Une préparation menée tambours battants. Difficile de passer à côté des informations et conseils prodigués par de multiples agents économiques et financiers. Sites Internet, Numéros « Vert », brochures et spots radio/Tv… abondent. La récente « Opération Tire-lire », avec les petits étuis plastiques transparents à rapporter à sa banque, a également montré que, quand il fallait, tout le monde était sur le pont.

Qu'est-ce qu'on gagne ?

Le maître-mot économico-existentiel de cette fin 2001 est donc : suis-je prêt ? Côté consommateurs, l'Eurobaromètre de l'Union Européenne de septembre était plutôt rassurant. Seulement 8 % des citoyens de la zone Euro ne connaissent pas la date d'introduction des pièces et billets. Un an plus tôt, ils étaient 46 % à tout ignorer. Aujourd'hui, 55 % des mêmes citoyens « eurolandisés » s'estiment bien informés.

Le bateau navigue-t-il donc en eau limpide ? Prudence, car 25 % seulement connaissent la date exacte de la fin de la circulation légale de leur (ex-) monnaie nationale…

Par contre, les consommateurs visualisent bien les bénéfices pratiques de l'Euro dans leur vie quotidienne : l'Euro sera utile pour voyager (88 %), rendra les achats plus faciles dans l'Eurozone (87 %), facilitera les comparaisons de prix (75 %) et supprimera les frais de change (66 %).

Emplettes à 2000 km

À ce stade, aucune étude n'est disponible pour vérifier que les consommateurs profiteront réellement d'une nouvelle mobilité pour faire leurs emplettes là où les prix seront plus bas. L'image d'un marché où chacun vogue librement reste la panacée. « Au-delà des frontières, les prix s'exprimeront dans la même monnaie, ce qui permet tant au consommateur qu'au producteur de réaliser une comparaison pointue des prix, et donne lieu à une concurrence », peut-on lire sur le site euro.fgov.be.

Un espoir sans doute plus concret pour les entreprises que pour les consommateurs. Difficile d'aller acheter son électricité au fond de l'Espagne…

Plus loin, le même site Internet précise : « Bien sûr, la plupart des consommateurs continueront à faire leurs achats dans leur quartier. Certains produits importés seront toutefois moins chers, grâce à la suppression des frais de change. De plus, certains secteurs seront davantage confrontés à la concurrence. Ce sera notamment le cas pour les entreprises de services comme les banques ou les assurances ».

Stabilité

Autre leitmotiv : la stabilité des prix. À la Banque Nationale belge, on se veut rassurant : « Il se confirme que les coûts du passage à la monnaie unique supportés par les entreprises seraient limités, se chiffrant à 0,29 % du chiffre d'affaires. » Une moyenne qui cache certains écarts, comme pour le petit commerce où ces coûts atteignent 0,47 % du chiffre d'affaires.

Alors, tout bénéfice pour les consommateurs, puisque les prix ne devraient pas augmenter ? À chacun de faire ses comptes à la caisse. Hélas, le récent projet du Ministre Picqué de prolonger la période de double affichage n'a pas été retenue par ses collègues libéraux du gouvernement…

Alors, avant de hisser la grande voile pour affronter les flots de l'Euro, autant ne pas oublier sa calculette…

Stephan GRAWEZ

Quelques adresses pour tout savoir : N° Vert Euro : 0800 1 2002. N° Vert Espace Euro Affaires Économiques : 0800 90 806. Sites Internet : www.euro.be ; www.euro.fgov.be ; www.mineco.fgov.be ; www.bnb.be.

 FILIGRANE DE L'HISTOIRE DE LA CONSTRUCTION EUROPÉENNE

De l'Écu à l'Euro

L'Euro, une invention de toutes pièces ? Pas vraiment, rappelle André Louw. Il n'est qu'une prolongation de l'Écu. Il concrétise une Union Monétaire dont l'idée était née très tôt après la création de la Communauté européenne, en 1958. Regard optimiste sur plus de quarante ans d'histoire.

La Communauté européenne a toujours eu un souci, rappelle André Louw, qui a longtemps travaillé ces dossiers à la Commission européenne, celui de préserver les acquis du Marché Commun - aujourd'hui Marché Unique - des effets d'une instabilité des cours de changes entre les monnaies des États membres. »

Dès 1969

« La première tentative remonte à 1969. Elle visait à établir, par étapes, une Union Monétaire à l'horizon des années 1970. Mais l'effondrement du régime des parités fixes et le choc pétrolier de 1973 y mirent fin. Ils furent suivis de dévaluations de la plupart des monnaies européennes. Une deuxième tentative, amorcée en 1979, établissait un Système Monétaire Européen (SME) et introduisait aussi l'Écu (European Currency Unit) comme unité de compte et instrument de paiement et de réserve à l'usage des banques centrales participantes. »

« Mais, très rapidement, l'Écu a débordé de ce cadre pour devenir une véritable monnaie "internationale" dans les domaines du commerce et des mouvements de capitaux. Son attrait : sa nature de monnaie "panier" c'est-à-dire composée d'unités des monnaies des États Membres qui lui conférait une qualité de "moyenne" stable. En outre, il fut détenu comme réserve de change par de nombreuses banques centrales étrangères. Cependant, l'Écu n'a pas réussi à s'imposer au niveau national, même si Mark Eyskens, ministre des Finances à l'époque, en fit frapper des pièces.»

Monnaie et politique monétaire communes

« La troisième tentative - le Traité de Maastricht de 1992 - fut la bonne. Son origine: la réalisation du Marché Unique c'est-à-dire la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux au sein de la Communauté. Mais cette avancée en imposa une autre: il ne pouvait y avoir de véritable Marché Unique sans monnaie unique. D'où la décision de faire de l'Écu la monnaie nationale des pays de la Communauté européenne. Mais en raison de la prononciation un peu "vache" du nom "Écu" dans la langue de Goethe, on lui préféra celui d'"Euro". Toutefois, c'est le dernier cours de l'Écu (40,3399 FB, le 31 Décembre 1999) qui fut repris comme valeur de l'Euro en FB. »

« À monnaie unique, banque centrale et politique monétaire uniques. C'est désormais la Banque Centrale Européenne qui arrête la politique monétaire commune. Comme les autres pays participants, la Belgique y dispose d'une voix, en la personne du Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique. Ce n'est pas peu quand on se souvient de quel poids représentait par le passé la politique monétaire de la seule Bundesbank. »

« Par le retrait des monnaies nationales et la généralisation de l'usage de l'Euro dans les pays de la Communauté européenne (sauf le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark), l'Europe disposera, dans tous les domaines, d'un véritable Marché Unique transparent, plus vaste que celui des États-Unis. L'Euro finira par avoir, face au dollar, un poids plus ou moins égal, si pas supérieur. Je ne puis qu'être heureux d'avoir pu participer à faire avancer la cause de l'Écu, pardon, de l'Euro.»

Propos recueillis par Jacques BRIARD

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