Le Titanic ne coulera pas

 

Le bateau coule et tout le monde s'en f… ? Pas les catholiques, semble-t-il. On les dit amorphes, voire abattus. On prédit leur disparition. On montre du doigt leur hiérarchie… Eh bien, malgré les découragements, malgré une impression de « fin de siècle » qui souffle sur certaines églises en ce début d'un nouveau siècle, il n'en est rien. Les catholiques ne sont pas très optimistes sur l'avenir de leur Église, c'est vrai. Mais ils ne sont pas à bout de souffle, ils ne laissent pas tomber les bras. Mieux : ils osent encore réagir, faire des propositions, dénoncer si nécessaire.

C'est en tout cas ce que révèlent les enquêtes que nous avons lancées à la fin de l'année dernière et dont nous révélons les résultats dans ce numéro. Qu'il s'agisse des personnes qui ont répondu au questionnaire publié dans notre numéro de décembre ou d'un échantillon de chrétiens « de la base » sélectionnés de manière aléatoire afin de représenter « le peuple de Dieu » qui est en Wallonie, les avis sont à peu près unanimes : si le bateau coule, tout le monde s'en préoccupe. Et, en définitive, il y a bien des chances que l'esquif n'en vienne jamais à s'enfoncer dans les flots. Car, même quand ça va mal, les catholiques y croient encore. Et un certain nombre sont même prêts à relever les manches pour écoper, à deux mains s'il le faut. Mais pas à n'importe quelle condition…

Évidemment, les matelots sont moins nombreux qu'hier. Et ceux qui sont prêts à se mettre à l'ouvrage ne sont peut-être plus de première jeunesse. Mais ils ont bien d'autres qualités. Dont celle de la lucidité. Notamment celle d'avoir compris que, si les églises se vident, c'est sans doute la faute à la société. Mais aussi &emdash;sinon surtout- parce que le message évangélique ne passe aujourd'hui plus la rampe, empesé par des siècles de broderies et de brocards, de dorures et d'effets de style. Ce n'est pas à l'Appel qui faut le dire : nous savons, plus que quiconque, que ce n'est pas en passant une couche de vernis de modernité sur un discours inchangé que l'on fait franchir la vitesse du son au message chrétien. Nous croyions cependant que nous n'étions pas nombreux à avoir ce type d'analyse, à une époque où l'Église investit formellement tous les moyens de communication modernes en espérant ainsi divulguer plus aisément sa pensée. Avec bien d'autres choses, l'enquête que nous avons menée vient de nous montrer que de nombreux chrétiens « de la base » éprouvaient la même impression.

Avec nos modestes moyens, qui ne concurrenceront jamais les grandes machines à communiquer, les résultats de notre enquête nous renforcent dans notre idée : celle que, même à sa petite échelle, l'Appel fait sans doute œuvre médiatique utile dans le monde d'aujourd'hui.

 

Frédéric ANTOINE

 

(editorial du n° de mai 2002 du magazine L'Appel)