FROIDMONT - FUTUR PAPE

Paul Klein

Je suis abonné à l'Appel et, ayant vu l'annonce de cette soirée, je pensais venir un peu en curieux. Je ne pensais même pas prendre la parole, mais puisqu'on propose à tout le monde de le faire. J'habite Genval, ancien directeur d'école, j'anime les chants à la paroisse et je fais partie du conseil paroissial. Je souhaiterais que l'Église devienne plus prophétique, pas une Église d'institution. Je crois que l'important dans le monde d'aujourd'hui, c'est que l'Église prenne plus souvent la parole et dise plus souvent aux gens le reflet de l'Evangile. Je pense aussi que le Concile annonçait l'Église comme lumière des nations, la mère des peuples, et ce n'est pas ce qu'on voit aujourd'hui. Ma femme va continuer...

 

Renée Klein

 

Pour continuer l'idée de Paul, Église lumière des nations, souvent je crois qu'elle court avec ses petits lampions rouges, comme on faisait chez les scouts, il fallait une lumière rouge derrière pour montrer qu'on était là. C'est devant que l'Église doit se trouver, avec les chercheurs, avec les gens qui voient l'avenir, plutôt qu'avec ceux qui se complaisent dans un passé glorieux. Mais je crois que nos jeunes montrent à quel point l'Église dogmatique d'aujourd'hui ne les intéresse plus, ou les intéresse très peu. On voit dans l'ensemble que l'Église d'aujourd'hui est une Église du passé. Le concile avait fait naître, du moins chez moi, d'énormes espoirs, et maintenant j'ai l'impression que cela a été mis sous le boisseau.

 

Charles Thirion et Suzanne Dereau, mon épouse

 

En 1963, nous nous sommes rencontrés à Leuven quand nous faisions nos études en sciences religieuses. Et nous avons eu la chance d'avoir, à ce moment-là, plusieurs professeurs qui travaillaient activement pour la préparation du concile. Puis nous sommes entrés comme professeurs de religion dans des écoles à Bruxelles, pleins d'enthousiasme parce que le concile était, pour nous, de l'air frais qui entrait dans l'Église. Cela a marché pendant 5-6 ans et puis, petit à petit, on se faisait coincer par les inspecteurs, par toutes sortes de remarques, et une sorte de découragement s'est installé. Quand nous avons été pensionnés, i y a six ans, nous avons repris du service à fond dans une paroisse, ici à Rixensart, où c'était magnifique, avec l'abbé Tonglet et un prêtre libanais. Puis est arrivé quelqu'un qui avait une théologie de 50 ans. Là où les laïcs avaient l'occasion de la créativité, d'une certaine autonomie, tout cela a été rasé en très peu de temps et la communauté a complètement éclaté. Nous sommes tristes, nous sommes déçus, mais nous avons trouvé refuge ici à Froidmont, où il y a une communauté fantastique, avec une équipe pastorale qui travaille en toute autonomie, où le prêtre n'est pas celui qui dirige mais participe dans l'équipe paroissiale comme tous les autres. Il y a une pastorale des jeunes qui marche à merveille, une messe des jeunes le dimanche à 19 h. Nous, c'est notre équipe d'Église. De grâce, que les laïcs ne soient plus considérés comme des serviteurs. Ils sont dans l'Église des chrétiens à part entière. Ils ont autant à dire dans l'interprétation du message que n'importe qui. Et ce n'est pas parce qu'on a reçu une ordination que tout à coup on a la vérité.

 

Suzanne Dereau

 

Je ne connaissais pas du tout l'Appel. Pierre Tonglet est devenu notre curé en 1991 et il l'a lancé. On a eu beaucoup d'abonnements. Quand Pierre Tonglet est parti, j'ai repris le flambeau avec le Père Gabriel. Mais maintenant, avec le nouveau curé qui retarde de 50 ans au moins, il a dit : je ne veux plus l'Appel dans l'église. J'ai continué indépendamment, je vais le porter aux maisons où j'ai récolté les abonnements (environ 24-25). Charles Dans nos cours de religion, nous nous sommes souvent servis de l'Appel pour certaines leçons et ça marchait toujours très bien. Vous faites de l'excellent travail. Suzanne Nous avons 4 enfants. Ils sont tous mariés. Même dans les jeunes, qui ne sont pas adeptes de l'Église, il y en a un qui m'a dit : abonne-moi à l'Appel, tellement il trouve que ça vaut la peine.

 

André Boquet

 

Je suis de Limal, ingénieur retraité. Je trouve un certain nombre de choses que Charles vient de dire. C'est peut-être la paroisse qui a déteint, je ne sais pas, mais chez nous on reste très libre et très ouvert. Une première chose : si j'ai un message à donner au futur pape, c'est qu'en tout cas il continue la démarche vers l'œcuménisme que Jean-Paul II a apportée, avec le même enthousiasme et le même charisme dans les relations, mais peut-être d'une manière encore plus ouverte, pas pour donner la leçon et fixer des règles, et dans les limites du fonctionnement de chacune des religions, mais plutôt pour accepter de nous enrichir mutuellement, par les richesses propres de chacune de ces religions, sans vouloir être meilleur. J'ai été animateur pastoral ici, mais ça remonte à plus de quinze ans, et je suis très enthousiaste, parce que nous avons la chance de vivre dans cette communauté, avec une équipe pastorale très dynamique, très vivante, des dominicains qui ont beaucoup à nous apporter, et tout ce que nous avons vécu auparavant avec le curé fondateur de cette paroisse, qui nous avait fixé, en son temps, un objectif dit de 85, l'âge de ses 65 ans, où il avait dit : moi, je m'en vais. Et effectivement il est parti, à ce moment-là, en Afrique centrale, pour 2-3 ans. En disant : avant 5 années de ce départ de 1985, je veux que vous preniez en main la communauté, et puis il y a eu un coup de frein. Les laïcs avaient fait toute une démarche de prise en main de leur communauté et ils se sont trouvés, suite à des évolutions imposées, un peu arrêtés dans cette démarche. Il n'empêche que nous avons continué avec la création d'une nouvelle équipe pastorale ici, qui comporte trois pères dominicains et 6 à 7 laïcs, dont quatre approuvés par l'évêque et les autres bénévoles au service de la paroisse. Donc on a la chance d'avoir une communauté extrêmement riche et dynamique, et très accueillante, et des dominicains qui, au niveau théologique, sont assez avant-gardistes dans leur réflexion. Cela nous met en mouvement et ça nous oblige à avancer, à évoluer, à réfléchir, à nous remettre en cause. Seconde réflexion : une Église romaine qui soit plus proche du terrain, parce que je constate que l'Église de terrain avec laquelle je me sens relativement proche s'éloigne de plus en plus de l'Église vaticane. Je comprends que l'Église soit universelle et ait un message qui doive être accepté et compris dans le monde entier à tout moment. Par ailleurs, si l'Église vaticane s'en tenait à des messages plus fondamentaux, plus basiques, sur les messages de base de notre foi, peut-être ne se mettrait-elle pas à dos l'ensemble de notre jeunesse, l'ensemble des divorcés remariés, l'ensemble de ceux qui se sentent exclus de notre Église, qui veut pourtant vivre l'amour, l'accueil et le partage. La place de la femme dans l'Église : le chrétien laïc est pris comme un serviteur, et c'est une très belle place, on peut y faire des choses extraordinaires, mais la place de la femme en particulier est très écrasée dans l'Église romaine, et peu mise en valeur, et peu utilisée. Je pense que là l'Église a des progrès gigantesques à faire. Je ne parle pas seulement au niveau de notre pénurie de prêtres - ici on est pourri gâté et on n'a donc pas à s'en plaindre - mais le fait de voir des paroisses ici, dans le Brabant Wallon, qui sont prises en main de plus en plus par des jeunes prêtres congolais ou polonais, admirables, ce n'est pas eux que je critique, ils font un très bon boulot, mais avec ça l'Église s'endort. Est-ce cela la solution ? Est-ce dans ce sens-là que nous devons aller ? J'oublie de vous dire que, dans les trois prêtres de l'équipe pastorale, ici, nous avons deux dominicains congolais. Et tous les deux tout à fait remarquables, des théologiens de très bon niveau. La place des laïcs, hommes et femmes, doit être plus ouverte et je pense que si on ne veut pas que notre Église s'endorme, il faut que les chrétiens se mouillent. Venez ici le dimanche soir à la messe de 19h, certains diront, ils ont raison, que c'est un peu BCBG, mais le milieu est ce qu'il est. On ne peut pas empêcher les gens d'entrer dans cette église. Qui anime cette eucharistie ? Ce sont des jeunes, il y a une bonne moitié de jeunes de moins de 25 ans dans cette assemblée qui rassemble pas loin de 450 personnes. Cela chante. Il y a une lecture de base et l'Evangile. La lecture de base, c'est un jeune qui l'a écrite en reprenant par exemple un poème qui lui a parlé dans le cadre du thème. On a la chance d'avoir un jeune dominicain en formation, qui est chef de chœur et qui dynamise la chorale. Et un dimanche par mois, il y a une messe des familles : ce sont des jeunes couples avec des petits enfants. Cette église vit. Mais impliquons les laïcs dans la démarche et le fonctionnement de notre Église. Dans le cadre de l'évolution sociale et culturelle de notre monde, il y a des choses que Jean-Paul II a faites au niveau des jeunes. Quand on voit les rassemblements mondiaux ! Mais il y a tellement de jeunes qui se sont sentis rejetés par le langage anti-médiatique de l'Église vaticane. Les jeunes ne comprennent plus. Ils se disent : ce n'est pas possible, on ne peut pas suivre ces machins-là. Où la presse s'arrange parfois pour mettre en exergue le point mal présenté de la chose. Mais ça ne devrait pas être. Ou alors que l'Église hiérarchique s'entoure de gens compétents pour que le message passe au niveau du public. D'où les problèmes de relations dans les couples, tout ce qui est l'approche de la contraception, tout ça a été un désastre pour l'Europe de l'Ouest, dans la manière dont les choses ont été présentées. Alors qu'en restant au message de base, il y avait des choses extraordinaires à dire qui n'ont pas été dites. Mêlées à d'autres choses, ce n'est pas passé. Les divorcés remariés. Ici on a la chance avec Louis Dingemans, dominicain, très âgé maintenant, mais qui a lancé, il y a trente, ans une pastorale des divorcés remariés pour qu'ils se sentent accueillis, et non rejetés, dans cette Église.

 

Marie-Agnès Gilon,

 

Je suis maman de trois filles, infirmière à domicile et je viens de la paroisse de Blanmont. Je souhaite une Église plus vivante. Nos églises se meurent et ça me fait un peu froid dans le dos. Et quand je vois mes enfants, qui ont 10, 12 et 14 ans, qui se posent déjà pas mal de questions, qui hésitent à aller à la messe, ça m'ennuie très fort et je ne vois pas très bien comment leur donner envie de venir. Je voudrais aussi une Église où on se sente bien, où on n'ait pas honte d'avoir la foi, dont on puisse témoigner et où on n'ait pas comme réponse : ces chrétiens, ils disent des choses et ils ne font pas ce qu'ils disent. C'est très interpellant. C'est vers là qu'il faut travailler.

 

Daniel Rijckmans

 

J'habite Chastre. Je suis catéchiste à la paroisse de Blanmont. Je prépare les enfants à la première communion. Je rêve d'une Église qui soit plus évangélique, un retour à des valeurs de base de l'Evangile, comme la pauvreté, le service. Je redis ce que ma fille, qui a douze ans, m'a dit il y a quatre ans, quand on parlait d'un futur métier. Et quand je lui ai demandé : que veux-tu faire quand tu seras grande, elle m'a dit : j'ai envie d'être curé. Puis elle s'est reprise et elle a dit : ben non, pour les filles, ça ne peut pas être. Et ça m'a fait extrêmement mal au cœur. Je rêve d'une Église où les femmes puissent devenir diaconesses, prêtres, évêques, et même papes. Et d'une Église où l'homme et la femme ne soient pas nécessairement à égalité, mais à équité. Une place où la femme soit tout à fait reconnue dans tous ses aspects.

 

Jean-Pierre Tramasure (?)

 

Je suis de Limal, économiste à la Cour des Comptes et pensionné maintenant. Je suis un auditeur assidu de RCF, pas Bruxelles, mais Lyon, que j'ai par internet. Cela me pose beaucoup de questions. Voici ce que je pense du prochain pape et ce que je souhaite de lui. Avant tout, je le considère comme un coordinateur, avec une structure de l'Église d'Occident, d'Afrique, d'Amérique latine et du Nord, non plus similaire à la structure juridique de l'empire romain, mais similaire de celle de l'Eglise d'Orient et plus proche de celle du protestantisme que l'Église a tant combattue. Je ne connaissais pas du tout la structure du protestantisme et, lundi, j'ai le président de la Communauté protestante de Belgique qui nous l'a bien expliquée. Si c'était la structure de notre Église, ici, ce serait remarquable. Ce pape doit renouer avec l'orthodoxie, non pas tant par sa réflexion théologique qui finalement sert de prétexte aux divisions, mais en se campant comme évêque de Rome, primus inter pares, ne s'immisçant pas à la vie chrétienne des autres disciples du Christ, qu'en écoutant les différences de structures, de compréhensions du message de que l'Esprit a suscité dans l'histoire et dans le monde. La curie ne doit pas être centralisatrice avec un pouvoir fort, mais ouverte et au service de l'Esprit qui se manifeste partout dans le monde, y compris hors des disciples directs du Christ que sont les chrétiens. L'Esprit souffle où il veut. Ce pape doit être très adroit pour éviter toute fracture entre les catholiques et les autres disciples du Christ, traditionalistes, fondamentalistes et ceux qui sont ouverts à toutes les manifestations d'unité dans le monde. Que tous soient un. Rome ne doit pas croire qu'elle est la seule à avoir la vérité. Celle-ci se cherche chaque jour. Personne ne peut se prévaloir de « la » vérité. Cet ensemble dépasse l'œcuménisme traditionnel, car je crois en l'unité du Christ ressuscité au-delà des frontières du christianisme. Des témoignages chrétiens dans tout être vivant et même immatériel. Aux hommes de se comprendre, de se rapprocher, en intégrant dans leur quotidien, dans leurs dialogues, non seulement les hommes mais aussi toutes les réalités terrestres et celles de l'univers. J'ajoute, après les autres intervenants : le langage de l'Église hiérarchique me met tout à fait par terre. Je suis déçu par ce qui s'est dit et surtout par ce que les médias en font. Du côté de la femme, et du couple, et du sacerdoce, je me pose la question : pourquoi dans les communautés qui existent, en dehors ou dans les paroisses, un couple qui est vraiment animateur ne serait-il pas accepté par l'Église comme un couple qui pourrait être prêtre. Du côté de l'eucharistie, il y a quelque chose qui n'est plus adapté du tout. Le même message que celui de l'eucharistie doit être transmis, mais pas de la façon dont il est transmis actuellement. Il y a quelque chose qui cloche. J'ai parlé avec Mme de Tavernier, ici à Froidmont, l'ancien pasteur protestant, et à la fin de la conversation, j'ai dit : mais alors, je serais bien avec vous et je communierais volontiers au service que vous faites, et j'accepterais que vous communiiez chez nous. La seule différence qui existait entre Mme de Tavernier et nous, c'est la présence du Christ après la messe. Il faut y réfléchir.

 

Philippe de Briey

 

J'habite Louvain-la-Neuve. Il y a de gros problèmes dans certaines paroisses, beaucoup de chrétiens cherchent un petit peu une paroisse où ils trouvent ce qu'ils cherchent, et souvent ils ne trouvent pas. Beaucoup dépend de ce que sont les prêtres. Il faut donc réfléchir sur la manière dont ils sont formés. Faut-il continuer à les former dans des séminaires ? Ne serait-il pas mieux qu'ils soient étudiants comme les autres, suivant des cours de théologie et d'autres sciences aussi. Parce qu'il y a un gros problème entre la foi et la science. Il me semble que l'Église perd beaucoup de sa crédibilité aujourd'hui. Pour peu qu'on ait fait des études universitaires, on se pose des tas de questions et on n'a pas de réponses. Des choses aussi comme le célibat obligatoire. Les femmes interdites de prêtrise. Tout cela fait que l'Église n'est plus très crédible. Et il y a aussi peu de liberté de pensée théologique. Je crois que c'est assez grave. Dès qu'un théologien sort de la norme dogmatique, il se fait taper sur les doigts et donc il y a une crainte. On sait que beaucoup de théologiens pensent un tas de choses, mais ils n'osent pas le dire. Et ça c'est grave aussi. Cela a des conséquences sur la pastorale, sur la catéchèse, la prédication, et donc sur la crédibilité d'ensemble de l'Église. Ce qui fait que beaucoup de jeunes, notamment, et des adultes aussi, ne croient plus beaucoup qu'il y a de l'espoir pour l'Église et ils l'abandonnent. Il y a donc urgence d'un aggiornamento très important de l'Église, comme il y en a eu un avec Vatican II, mais il faut vraiment un nouveau Vatican II pour remettre les choses à jour. Un problème très important aussi est que l'Église puisse devenir plus démocratique. On dit : l'Église n'est pas une démocratie. Je ne sais pas très bien où on va chercher ça. Le Christ a quand même dit : ne vous faites pas appeler Père, ne vous faites pas appeler maître. De toute façon, point de vue crédibilité dans le monde moderne, une Église qui n'est pas démocratique ne marche pas. Je ne vois pourquoi le pape ne serait pas élu par les représentants élus du monde entier. Est-ce que ça doit être les cardinaux ? Je veux bien, à condition qu'ils ne soient pas nommés par le pape précédent mais élus d'une manière ou d'une autre, qu'on trouve comment le faire. Les évêques aussi devraient être élus par les représentants élus des paroisses. C'est vrai que, du côté protestant, il y a un système beaucoup plus démocratique qui existe, même pour les prêtres : les paroisses protestantes choisissent parmi les candidats qui se présentent pour être pasteurs. Donc il y a un dialogue entre la paroisse et celui qui viendra l'animer. Il y a le gros problème de la curie romaine. Des présidents de congrégations de la curie qui ne sont pas élus alors qu'ils ont des pouvoirs énormes sur l'Église, des pouvoirs de blocage notamment. Pourquoi ne pas faire comme les présidents des commissions de l'Union européenne. Il y en a 12, je crois, on prend un de chaque pays. Je ne dis pas qu'il faut suivre la même procédure, mais dans l'Église on a un système monarchique : c'est le pape qui désigne tout. Et comme il n'a pas le temps de tout faire, il y a un petit cercle autour de lui. Il y a aussi le problème des patriarcats. Il en faudrait un Africain, un asiatique, un Américain... car les problèmes sont tellement différents entre continents qu'on ne peut pas adopter les mêmes normes pour les uns et pour les autres. Malheureusement, la curie romaine est une grosse bureaucratie de gens qui sont dans des bureaux du lundi au vendredi et ce qui sort de Rome tourne en rond et ne reflète pas ce qui se passe sur le terrain. La plupart du temps. Ce pape devrait lancer un nouveau concile, comme Jean XXIII et ouvrir les fenêtres comme Jean XXIII l'a fait.

 

Jules Deutch (?)

 

Physicien retraité, de la paroisse de Dion-le-Mont. Je m'occupe d'un groupe qui s'appelle « ouverture ». C'est un bon groupe, on y fait beaucoup d'efforts sans beaucoup de résultats. J'ai préparé un texte qui recoupe pas mal ce que je viens d'entendre. Il y a peut-être un élément que je voudrais souligner, dans la mesure ou l'Appel ou bien les chrétiens de Belgique envisagent d'envoyer un message au futur pape. Je ferai une introduction à ce message, qui souhaite la bienvenue à ce nouveau pape et lui exprime aussi un attachement déjà, parce qu'à priori nous devons supposer que l'Esprit souffle où il veut et même au Vatican. J'y ajouterai aussi, dans cette introduction, notre vision du pape. Je ne suis pas théologien, mais le rôle du pape pour moi c'est de symboliser l'unité du peuple de Dieu. Il tire sa justification, sa raison d'être de ce service qu'il rend au peuple de Dieu. Il serait peut-être bon que, dans cette introduction, cet élément soit déjà présent. J'avais ici trois observations mais qui rejoignent pas mal ce que vous avez dit plus près de la réalité paroissiale. J'ai pensé à des conférences épiscopales qui devraient avoir beaucoup plus à dire et devraient être en action directe avec leur peuple. Pourquoi ? Parce qu'il me semble que la présence du Christ ressuscité, qui a un certain nombre d'applications et la manière dont l'Evangile est vécu, sont présents dans les continents à des sensibilités différentes. Et s'il est vrai que l'Esprit souffle dans toutes ces communautés, il faudrait que les conférences épiscopales puissent traduire, en quelque sorte, les sensibilités de leurs peuples chrétiens, tout en maintenant l'unité fondamentale, essentiellement dans l'inspiration évangélique. Le deuxième point, c'est le problème des femmes dans l'Église. Je crois que le futur pape, et les conférences épiscopales seront certainement d'accord, devrait s'atteler à ce problème. Et il se peut que des solutions puissent être différentes d'un continent à l'autre, ou d'une conférence épiscopale à l'autre, parce que les sensibilités peuvent être différentes d'une région à l'autre. Et il faudrait qu'il y ait une certaine latitude avec la même orientation que les femmes devraient trouver leur place dans notre Église, où elles ne l'ont pas depuis la Vierge Marie, qui a eu déjà les 7 épées qui lui ont traversé le cœur. Je crois donc qu'il ne faut pas nécessairement une solution uniforme pour l'ensemble de l'Église. Il faut de nouveau, si l'on veut être logique pour la décentralisation, laisser cela un peu au souci des conférences épiscopales en relation avec le peuple. Le dernier point, c'est les documents appelés à un retentissement public. Le pape devrait veiller à adopter le langage de l'homme de la rue. On ne perdrait rien à avoir moins de références en bas des pages, à des conciles ou à des prédécesseurs. Je suis d'accord aussi que nos mass médias - je ne parle pas de l'Appel - trouvent un malin plaisir de filtrer lorsque le pape parle, non pas ce qu'il dit de la justice sociale, mais ce qu'il dit de la contraception et un certain nombre de choses où les mass médias sentent que le public ne suit pas. Le Vatican devrait faire un effort de relations publiques et peut-être inviter le rédacteur en chef de l'Appel...

 

Une femme

 

Je suis tout à fait d'accord avec ce qui vient d'être dit et il est bien difficile de trouver autre chose. Nous venons d'une paroisse de Nivelles. Quand j'entends la paroisse de Froidmont, je me dis : quel bonheur ! Nous ne sommes pas malheureux, nous, on a même relativement de la chance. Disons qu'en 25 ans d'engagement paroissial, on a vu se succéder plusieurs responsables de paroisses avec lesquels cela allait mieux qu'avec d'autres. Nous avons quatre enfants qui sont de jeunes adultes. Et je me rends compte que, s'ils sont toujours profondément d'accord avec le fond, tout en se posant des questions, ils n'accrochent plus du tout avec la forme de notre Église, de notre liturgie. Et je ne comprends pas pourquoi c'est si dur à faire bouger, alors que ce n'est qu'une question de forme. Et pourtant une forme, à mon avis, donne une profondeur au fond. Dans notre paroisse, nos enfants ont eu la chance d'être confirmés à 16-17 ans, en 5e secondaire. On les aide à faire tout un acheminement pour assumer cela de façon vraiment personnelle et profonde, et puis quand ils voient arriver la personne qui vient les confirmer, avec une mitre et une crosse, j'ai envie de dire que nous, laïcs, nous nous sommes fatigués pour rien. Il y a là des anachronismes et des incohérences ! C'est par rapport à cela que nos enfants décrochent, et beaucoup de gens aussi. Et je suis tout à fait d'accord avec le peu de place des femmes, et avec beaucoup de choses qui ont été dites ce soir.

 

Homme, le mari

 

À propos de la démocratie dans l'Église, certains disent : « l'Église n'est pas une démocratie ». Mais je pense : c'est une fraternité. Et la meilleure façon qu'on a trouvée jusqu'à maintenant de faire fonctionner une fraternité, c'est la démocratie. Et avec tout le reste, je suis d'accord.

 

Marie Muraille

 

Je viens de La Hulpe. J'ai fait mes études de catéchèse pendant le concile et j'ai vécu des heures merveilleuses pendant ces études. Mais le gâteau a été vite réduit, 5 ou 6 ans après le concile. Je n'ai plus grand chose à ajouter à ce qui a été dit ici, mais ce que je voudrais dire, c'est que je souhaiterais que tout ce falbala qui existe au niveau du Vatican et des évêchés soit réduit, que ces gens vivent et soient habillés comme tout le monde. J'ai été autrefois à Rome en pèlerinage avec le Patro, je ne sais plus quand, j'ai été outrée de voir la richesse qu'il y avait dans ces bâtiments. La façon dont ils sont habillés, je rejoins ce que madame dit. C'est vrai que je me suis occupée aussi de catéchèse et de préparer les enfants à la profession de foi et à la confirmation. Je me disais : qu'est-ce qu'il peut rester de ce moment qui est une entrée dans l'adolescence et dans la vie d'homme ? Pour l'élection du pape, que ce soit fait d'une façon plus démocratique et pas avec des vieux cardinaux, il y en a qui ont près de 90 ans (ils ne peuvent plus ? 80 ans alors. Passons). Il faudrait trouver un système qui permette à chaque pays, à chaque diocèse, de trouver quelqu'un qui puisse aller élire le pape. Même chose pour les évêques. J'ai fait mon mémoire de catéchèse sur saint Ambroise. Quand j'ai vu que c'était le peuple de Milan qui l'élisait, je me suis dit : on est bien loin de ça maintenant. Il faudrait revoir la démocratie dans l'Église de façon très profonde. Alors, au niveau du célibat des prêtres, il faudrait qu'il ne soit pas obligatoire. J'ai mon mari théologien prêtre et il a été obligé de quitter l'Église et la théologie qui faisait toute sa vie. Je vous assure que c'est vraiment un gâchis dans l'Église. Pourquoi n'aurait-il pas pu continuer à être professeur de théologie alors que c'était sa passion ? Il y en a bien d'autres. Ceux qui veulent vivre le célibat, d'accord, et il y a très bien moyen de le vivre, pour certains, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Mais il y a une certaine liberté dans ce domaine.

 

Christian Van den Haute

 

J'ai 56 ans et j'habite un petit village qui relève de l'évêché de Namur. Mon épouse et moi, nous avons 5 enfants qui sont adultes maintenant et nous nous sommes éveillés à une religion je dirais basée sur l'amour, je la qualifierais peut-être d'évangélique ; et puis, arrivant dans l'âge adulte, on n'a pas trouvé beaucoup d'écho, si ce n'est des paroisses d'élection à la faveur de quelques prêtres qui avaient un charisme particulier, cette position de prophètes dont vous parliez tantôt. Quant à la paroisse d'origine à laquelle nous étions attachés, il y a eu des tentatives de prises en charge par des laïcs, mais généralement ça a été étouffé, repris par des structures un peu sclérosées. Aujourd'hui à 56 ans, je me sens un pied dans l'Église et un pied en dehors. Solidaire d'une Église évangélique. Je reste frappé, guidé par la puissance de l'Evangile, mais je me sens en rupture totale avec l'Église institution. Heureusement, nos 5 enfants, je pense que nous nous sommes attachés à faire passer cette notion évangélique et, s'ils n'ont pas pu accrocher aux formes, je pense que l'essentiel du message les a touchés et qu'ils l'ont repris à leur couple. Mais avec cette difficulté aussi que, si notre démarche ne peut pas s'incarner dans une institution qui, elle aussi, est ouverte, qui se nourrit de l'apport des uns et des autres, c'est extrêmement difficile et on a toute raison de se décourager. Je m'attendais à ce qu'il y ait beaucoup plus de gens. Apparemment, ce sont des élus ou des gens très actifs dont je ne fais pas partie. J'ai réagi. Il se fait que mon épouse a la bonne habitude de mettre l'Appel au WC, parce que c'est un lieu où on lit, même quand on n'est pas très soucieux des choses de l'Église. C'est là donc que j'ai pris connaissance qu'il y avait une réunion ce soir et je me suis dit : ce sera l'occasion, en y allant, d'expliquer cette sorte de fracture qu'il y a en moi, entre le pied gauche et le pied droit, entre l'appartenance à une communauté d'amour, évangélique, qui est en recherche, et le regret de cette Église institution, qui me fait souffrir. Que pourrais-je dire à un nouveau pape ? Je suis frappé tout d'abord, pour avoir voyagé pas mal, que, dans tous les continents, quand les choses allaient mal, ce sont souvent les femmes qui ont permis de passer à travers les crises et qui ont été le moteur de la continuité, de l'espoir. Je ne sais s'il faut souhaiter que le prochain pape soit une femme, moi en tout cas j'espère qu'on se rapprochera un tout petit peu de cette égalité. Je ne vois pas au nom de quoi, jusqu'à présent, nous avons décrété, par des habitudes culturelles essentiellement, que la femme valait moins, que sa façon de penser était de moindre valeur que celle que pourrait avoir un homme. Je l'invite à faire place à l'Esprit dans toute la novation qu'il pourrait apporter pour qu'on puisse évoluer vers plus d'égalité, vers plus d'amour, y compris dans cette dimension masculin-féminin.

 

Femme

 

Moi, j'ai l'impression d'être parmi des protestants. (F.A. : Vous l'avez déjà dit à Ste-Suzanne). J'ai l'impression que tout démocrates que vous êtes, que si j'étais un homme au lieu d'être une femme, on ne m'aurait pas fait taire comme on m'a fait taire jusqu'à présent. À Ste-Suzanne, je n'ai même pas pu terminer.

 

Homme (Jules Deutch ?)

 

J'ai oublié de vous dire que nous avons 6 petits-enfants. Un de mes soucis, c'est : comment la Bonne Nouvelle sera-t-elle transmise à cette génération ? On n'en a pas encore parlé. Je crois aussi que le Jésus des évangiles est présent dans la vie de mes enfants, mais ça ne s'incarne plus dans des formes de célébration. Je ne sais pas dans quelle mesure on peut même envisager un christianisme sans célébrer la présence du Christ.

 

Femme

 

Bien souvent dans l'Église, on parlait plus de dogmes et de vérités à croire. Le fait d'entendre que maintenant on parle surtout de l'Evangile et de l'esprit évangélique, ce retour à ce qui fait quand même la distinction de notre foi, c'est extraordinaire. Et dans le monde d'aujourd'hui, c'est cela qui porte le plus vers les autres, à côté de ce qu'on voit actuellement.

 

Homme

 

Simplement, je vais lire un texte que j'ai lu dans l'Appel, le même Appel que celui où il y avait la convocation ici : « Imaginez qu'un employeur quelconque fasse paraître une annonce en disant ; je recrute des cadres, uniquement des hommes et je leur impose d'être célibataires. Il se retrouve devant un tribunal instantanément ».

 

Homme

 

Je ne vois pas comment tenir sans rattachement à une communauté. Mais pour rester rattaché à une communauté, il faut qu'on trouve ce qu'on cherche. Alors, dans beaucoup d'assemblées paroissiales, est-ce qu'il y a vraiment des moments de prière ? On chante, mais est-ce qu'on pense ce qu'on chante ? On entend toutes sortes de paroles qui sont toujours les mêmes chaque dimanche, un Dieu tout-puissant dont il faut invoquer la pitié. On ne pense plus maintenant comme cela et on continue ces formules. Et on ne peut pas changer, sinon on se fait taper sur les doigts par l'évêque ; et si l'évêque laisse faire, il se fait taper sur les doigts par le pape. Les jeunes adultes sont plus exigeants que nous qui avons pris des habitudes. Et dans la mesure où les assemblées ne sont pas vraiment participantes, ça ne les intéresse plus après quelque temps. Je pense qu'une communauté n'en est une qu'à partir du moment où des gens font des choses ensemble : si on va visiter les malades, s'occuper de ceci ou de ça, le dimanche on a quelque chose à célébrer. Mais on fait toujours l'inverse. On vient célébrer puis on repart. On n'a rien à célébrer si on n'a rien fait ensemble. L'eucharistie est une action de grâce pour ce qu'a fait la communauté, mais nous présentons trop souvent le chemin inverse. Quand on voit le nombre d'intentions que j'entends depuis des années, j'ai parfois envie de dire à Dieu : mais est-ce que tu nous entends ?

 

Homme

 

Que le prochain pape dise : moi, je viens pour 10 ans et pas plus. Ce n'est plus de notre temps...

 

Homme

 

J'avoue que j'ai découvert qui était Jean-Paul II grâce à RCF. Je l'ai entendu de temps en temps. Et je me suis dit : tiens, c'est ça le pape. C'est une découverte que j'ai faite entre autres en écoutant complètement les JMJ de 97 et sa visite à Jérusalem. Là, j'avoue que j'ai même pleuré, tellement c'était émouvant. Or, rien de cela n'est sorti dans nos médias. De plus, ce pape a poussé l'œcuménisme de façon remarquable, mais avec des contradictions terribles. Et la contradiction actuelle, par exemple, c'est cette fameuse nomination d'évêques en Europe de l'Est. Il a tout à fait été à côté de la plaque et il tient à son idée. Et chaque fois qu'on écoute radio Vatican, on sent qu'ils tiennent à leurs idées. Ils sont à côté de la plaque, parce qu'il y a une Église bien structurée sur place. Pourquoi vouloir intervenir avec une autre Église et donner une autre structure ? J'ai entendu l'évêque de l'Église de Chine qui a signé avec le parti, à RCF, mais j'ai dit : il est tout à fait pour Rome. C'est Rome qui ne veut pas de lui... (changement de cassette)

Il est certain, par exemple, que Rome a interdit les communions quand on assistait à une célébration d'une autre religion : si c'était une célébration orthodoxe, il ne fallait pas que les catholiques communient, etc. Mais ça se fait, contrairement à ce Rome dit. Autre exemple beaucoup plus ancien. En 1929, à Egenhoven qui était le scolasticat des Jésuites, philosophie et théologie, il y avait un Père qui s'occupait des publications qui a dit à Theilard de Chardin, au sujet du Milieu divin, qui a été publié en 1956) : nous sommes tout à fait d'accord avec vous et nous le publions. Et Theilard, obéissant comme il était, a répondu : Rome me l'interdit, donc nous ne le publions pas. Mais en coulisse, le Milieu divin circulait.

 

Femme

 

Je voulais simplement dire qu'à mon avis, la hiérarchie de l'Église donne l'impression d'avoir terriblement peur. Et cette peur tue toute créativité, toute spontanéité, toute audace, et donc cette peur, par ricochet, nous coince nous aussi puisqu'on a l'impression que l'Église ne s'enrichit pas de nos différences, mais au contraire tâche de tout récupérer de façon très verticale.

 

Homme

 

En enchaînement sur ce que vous venez de dire, je reste raisonnablement optimiste parce que je constate que l'Église de terrain évolue quand même très fort. Moi, je suis renversé de ce que l'on a pu entendre ici, auprès des dominicains de Froidmont ces derniers temps, au niveau de la réflexion théologique. C'est tout à fait bouleversant et ça me réconcilie un petit peu avec le questionnement que je me posais en tant que scientifique, ou sur ce Dieu absent qui fait problème, ou des éléments de réponse qui nous rapprochent vraiment du message fondamental de la foi, et non plus de choses qui ont été bombardées. Je reste relativement optimiste parce que l'Église de terrain bouge, évolue, et elle s'exprime de plus en plus, et ça me réjouit. Même si elle n'est certainement pas couverte au niveau de Rome, ou du Cardinal, ou d'un évêque, elle s'exprime et on n'y referme pas toujours le caquet. En tout cas, j'ai entendu une réflexion théologique récente qui me réjouit dans sa démarche. De même que le petit livre de chants, ici à l'entrée de l'église, vous avez une dizaine de credo qui sont écrits et qui sont lus régulièrement à la messe, dont chacun a sa richesse propre, et est lu par l'ensemble de l'assemblée occasionnellement. Les textes des lectures écrits par des jeunes qui sont lus ici, les intentions spontanées qui émergent de la communauté. Je reste donc tout à fait optimiste au niveau de l'évolution, mais je souscris complètement à des choses qui ont été dites ici ce soir quant à la nécessité de changer le langage de l'Église et ses formes d'expression. Sinon les jeunes se tournent vers autre chose. Mais peut-être que ça rejaillira ici et ailleurs. Je pense aussi qu'il est essentiel que la structure de l'Église évolue aussi et qu'on la fasse bouger. Et là, à nous de le dire. Et je suis très content d'être passé ici ce soir.

 

Homme

 

En guise de conclusion, j'ajouterais que si le nouveau pape porte des lunettes, je veux bien lancer une campagne pour lui acheter des doubles vitrages, histoire qu'il n'ait pas froid aux yeux !